Le pape du vin jaune s’en est allé le 23 décembre à 87 ans. En quelques décennies, il avait fait de son domaine l’un des plus beaux ambassadeurs du vin jaune et du vignoble jurassien.

Jean Macle avait hissé le domaine familial créé en 1850 à son plus haut niveau en partant dans les années 60 d’une exploitation en polyculture avec quelques vaches à comté et 1,5 hectare de vignes. Le vigneron et sa femme Elyane l’avaient étendu à 12 hectares, 8 en Côtes-du-Jura, 4 en Château-Chalon, plantés à 80% en chardonnay, 20% en savagnin. Le vignoble uniquement en blanc se distingue par ses pentes escarpées, jusqu’à 50%, parmi les plus abruptes de l’appellation, et un terroir de marnes du lias (les fameuses marnes bleues) recouvertes d’éboulis calcaires au pied des falaises, en contrebas du village. « Mon père était très attaché à ce que toutes les vignes de l’appellation soient plantées pour avoir un beau coteau, montrer que l’activité viticole se portait bien à Château-Chalon » se souvient Laurent, la sixième génération.

Bio avant le retour au bio

Les Macle ont conduit d’emblée le vignoble en bio pendant six ans avant d’utiliser à nouveau du désherbant “juste sous le pied, pour avoir moins de travail, précise Laurent, arrivé au domaine en 1990. Mais ils sont restés en lutte raisonnée, avec labour des sols, sans produits systémiques, ni insecticides, ni anti-pourriture, jusqu’à ce que j’arrête tout en 2011 pour lancer la conversion en bio en 2015. La première étiquette bio est sortie en 2019”. Avec le passage en bio et des vignes majoritairement cinquantenaires, en cours de replantation, Laurent a réduit le vignoble de 14 à 10 hectares, passant de 40 000 à 25 000 bouteilles par an. Après avoir vinifié jusqu’en 2003 avec son père, il a repris les rênes du domaine et élargi la gamme avec un pur chardonnay en 2005 puis des vins ouillés, non oxydatifs, et depuis cette année, une première cuvée de rouge (la cuvée des vendangeurs) à partir de 20 ares de trousseau et 20 ares de trousseau, vinifiés en nature. “Mes parents passionnés par la typicité des vins jaunes n’étaient pas pour les vins ouillés ni pour le chardonnay assemblé au savagnin car ils estimaient que le chardonnay sous voile n’était pas assez typé”.

Dévoué au collectif

Le domaine élabore depuis plusieurs décennies des vins jaunes exceptionnels, droits, complexes, élégants et parfaitement équilibrés, constants dans l’excellence, vieillis dans une grotte du XVIe siècle où les Macle stockent tous leurs fûts. Jean Macle qui se plaisait à dire “nous travaillons pour l’éternité” s’est beaucoup investi dans la relance de la viticulture jurassienne et a participé activement au collectif comme président de l’AOC Château-Chalon, vice-président de la Société de viticulture du Jura, en formant de nombreux vignerons du cru comme Jean-Pierre Salvadori et Jean Berthet-Bondet. “Il a été à l’initiative de la création de la commission du ban des vendanges chargée d’évaluer avec l’Inao le degré de chaque parcelle sur les 89 hectares de l’appellation, rappelle Laurent Macle. S’il y avait trop de rendement ou pas assez d’acidité, elle pouvait être déclassée comme en 1984 et 2001”. En 1984, il est à l’initiative de la redéfinition du périmètre de l’AOC. Jean Macle a également été maire de Château-Chalon durant quatre mandats, de 1977 à 2001, président de l’association foncière de Château-Chalon et conteur du spectacle de son & lumière du village. Malgré une notoriété internationale, la famille Macle est toujours restée discrète. Pas de site internet, juste une page de présentation succincte sur le site interprofessionnel jura-vins.com et des dégustations sur rendez-vous. Depuis cinq ans, Jean résidait à l’Ehpad de Voiteur mais il remontait souvent à la cave les mercredis et les samedis pour goûter les vins avec son fils. “Ça a été la meilleure période, juste d’échanges et de communication sans le côté patriarche”.