(photos Jacques Diepedalle)
(photos Jacques Diepedalle)

La Maison Piper-Heidsieck inaugure en beauté sa nouvelle gamme baptisée Hors-Série, en nous projetant cinquante ans en arrière, à l’âge d’or de la pop, avec un millésime 1971… Un champagne qui a le charme d’un vieux vinyle et la fraîcheur des chansons de John Lennon et Serge Gainsbourg. C’est aussi une création à quatre mains à quelques décennies de distance pour son jeune chef de caves, Emilien Boutillat, à qui la Maison a laissé carte blanche.

C’est dans un magasin de vieux vinyles fleurant bon les années 1970 que nous accueille le jeune chef de caves du champagne Piper-Heidsieck pour nous dévoiler une surprise : la première cuvée d’une nouvelle gamme baptisée « Hors-Série ». Le millésime nous ramène 50 ans en arrière, en 1971. Emilien Boutillat a découvert cette pépite avec son comité de dégustation en arrivant dans la maison : « j’ai passé de longs mois à balayer l’ensemble de l’œnothèque pour bien comprendre le style de la marque. Cette cuvée m’a interpellée, nous avons été scotchés par sa fraîcheur et son élégance malgré son âge ». Avec 2021 flacons, tous numérotés, la commercialisation dans le monde entier d’un champagne aussi ancien sur un tel volume est un événement rarissime !

La cuvée forme un trait d’union entre les différentes générations d’œnologues qui ont élaboré les vins de la Maison. Elle est en effet d’abord le fruit du travail de Claude Demiere. Constituée de pinot noir et de chardonnay issus de 12 crus différents, l’objectif de celui qui portait alors le titre de chef de cercle, était de rendre hommage à l’assemblage réalisé par Florens-Louis Heidsieck pour Marie Antoinette en 1785. Les bouteilles ont ensuite été précieusement conservées par ses deux successeurs : Daniel Thibault puis Régis Camus.

Emilien, lui, a finalisé l’œuvre qui constitue de ce fait une sorte de quatre mains à un demi-siècle de distance, en se chargeant du dégorgement et du dosage. « Il a fallu déguster toutes les bouteilles et nous avons dû en écarter plus d’une centaine, un sacré travail ! Quant au dosage, j’ai choisi d’ajouter un chardonnay vinifié sans malolactique. Il s’agissait pour moi de rester cohérent par rapport aux vinifications réalisées dans les années 1970 où le blocage des malos était la norme chez Piper-Heidsieck, alors qu’aujourd’hui notre philosophie est plutôt de nous adapter au cas par cas. En choisissant 2019, un millésime récent, j’ai voulu apporter une touche de modernité. Nous avons aussi opté pour un dosage en sucre à 10 grammes, ce qui peut paraître conséquent. Mais, encore une fois, cela fait écho à ce qui était d’usage à l’époque (on allait même au-delà !) et cela nous paraissait indispensable pour équilibrer la fraîcheur incroyable du vin ».

On est frappé d’abord par la profondeur de la robe tirant sur l’ambre. Au nez, c’est un cocktail de figues, de fruits noirs, de cassis, de pruneaux mais aussi de noix, de chocolat, de truffe et de cuir, avec ce côté un peu tourbé que peuvent avoir les whiskys. En bouche, on retrouve les mêmes arômes étoffés par des notes d’agrume très vives qui marquent la finale. Le vin est gourmand mais reste frais, dynamique, tout en ayant un touché de bulles très délicat. En bref, un champagne d’automne, à boire au coin du feu, en faisant griller les premières châtaignes.

Évidemment, chaque bouteille en traversant les décennies a suivi son itinéraire propre et présente des caractéristiques singulières. C’est ce qu’a voulu exprimer la maison dans le choix du coffret, élaboré par un artisan breton, et creusé dans des morceaux de chêne brut, ce qui les rend tous différents, la nature ayant dessiné sur chacun des nervures spécifiques. La frise qui orne le piédestal avec son joli monogramme évoque l’univers de la pop, de même que la typographie choisie sur l’étiquette qui renvoie aux pistes des vieux vinyles. Il est vrai que l’année 1971 avait été riche en sorties musicales. 1968 avait libéré les espoirs les plus fous et les artistes croyaient à la paix universelle. John Lennon chantait « Imagine », Gainsbourg dévoilait son album licencieux « Histoire de Melody Nelson »… Les deux sont évidemment recommandés pour accompagner la dégustation, tout en ressortant son vieux pantalon patte d’éléphant.

Que l’on ne s’y trompe pas, la nouvelle gamme « Hors-Série » n’a pas pour vocation de constituer une simple collection œnothèque. Il s’agit plutôt d’offrir au chef de caves à qui on a laissé carte blanche, un nouvel espace de créativité : « Ce sera un mélange de réinterprétations de millésimes anciens, mais aussi l’occasion d’imaginer ce que pourrait être le champagne dans le futur, à travers des assemblages particuliers, un peu singuliers… »

Prix 590 € (disponible notamment à la Cave Legrand et chez Julhès)
www.piper-heidsieck.com