(photo Sud Ouest)
(photo Sud Ouest)

C’est un coup de semonce dans l’univers de la biodynamie. Jean-Michel Comme, le directeur technique qui a converti le vignoble du Château Pontet-Canet (Grand Cru Classé 1855 de Pauillac), rend son tablier bien avant l’heure de la retraite – il a 56 ans. Quel bilan tire-t-il ? Pourquoi un tel départ ? Est-ce un différend humain ? Rejoint-il un autre cru ? Plutôt que de spéculer sur ses motivations, Terre de Vins lui donne la parole.

Au sein de ces 31 années passées à Pontet-Canet, quel est votre meilleur souvenir ?

Ce que je retiens n’est pas très important mais c’est ce que l’Histoire en retiendra quoi qu’il en soit, c’est-à-dire le passage en biodynamie d’un Grand Cru Classé 1855. Le commencement s’est effectué en 2004, le basculement total en 2005 et la certification en 2010.

Au final, très peu de grands crus classés bordelais ont suivi, savez-vous pourquoi ?
Il faut leur poser la question. C’est justement un problème humain, un problème d’engagement, ça relève de la capacité d’un technicien ou d’un propriétaire à assumer un tel travail avec sa part de risques supplémentaires. C’est une responsabilité. C’est plus simple de se reposer sur des labels douteux…

Vous parlez d’humain, en ce terme, pour réaliser cette conversion, vous avez dû avoir des relations de confiance totale…
Oui, tout est dans la confiance humaine entre le propriétaire – ou le responsable de la société qui est propriétaire – et la personne qui est chargée de mettre en œuvre. Il n’y pas de problème technique, tout est dans l’humain comme ensuite j’entretiens cette confiance avec mes équipes. On fait un choix, on l’assume.

Si vous deviez citer quelques vignerons, à Bordeaux ou ailleurs, qui ont compté dans votre évolution, dans votre compréhension, dans votre approche de la vigne…

Si je dois retenir une seule personne, que j’ai la chance de connaître, c’est Lalou Bize-Leroy. C’est pour moi la référence nationale en termes d’implication et de succès. Je ne la connaissais pas au début de la conversion et j’ai appris à la connaître pendant la conversion. Après, il y a d’autres vignerons, mais c’est la personne la plus iconique.

Vous parlez de cette expérience avec beaucoup de foi et pourtant vous quittez votre fonction. Vous avez parlé de « trop forte pression » au journaliste de « Sud-Ouest » César Compadre, de quelle pression parlez-vous ?

Quand on s’en va, c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Autrement, on reste. Avec le temps, je ne supporte plus la pression que génère ce projet-là. Les forces pour porter ce projet m’abandonnent. Je ne vais pas vous dire que tout va bien, que c’est merveilleux. Je m’en vais, c’est une évolution importante dans ma vie professionnelle, j’ai beaucoup donné pour Pontet-Canet. Je n’ai pas démérité mais je considère que pour ma santé, ma famille, ma vie, c’était devenu trop lourd à porter.

Est-ce une remise en cause de la biodynamie ou un différend humain avec la famille Tesseron ?
J’ai toujours la passion en moi, la passion de la biodynamie et plus encore dans une approche qui peut être plus globale. À Pontet-Canet, c’est un projet de plus de 30 ans, et puis celui des chevaux, c’est tout une vision de la viticulture… Avec Alfred Tesseron, avec Mélanie sa nièce qui est passée un temps comme avec Justine sa fille aujourd’hui, je n’ai aucun problème humain. Alfred Tesseron a été très peiné de mon annonce. J’ai mis du temps à l’exprimer. Il faut savoir que je considérais ce projet avec une dimension mystique. Ce n’est pas le salaire qui me motivait mais la grandeur de la réalisation. Ma propre santé ne comptait pas. J’ai souvent parlé de chemin de croix. Je préfère arrêter.

Allez-vous vous concentrer sur votre propriété de Sainte-Foy-la-Grande, le Château du Champ des Treilles ?
Oui, je ne pars pas pour aller chez le voisin d’en face ou ailleurs. Je m’en vais pour me consacrer à cette modeste propriété qui a souffert malgré tout de mon excès d’attention à Pontet-Canet, à l’autre bout du Bordelais. Après, on ne sait pas de quoi demain sera fait, je ne suis pas encore à l’âge de la retraite. Je n’ai pas envie de regarder les mots croisés à la télévision.