Après un épisode de gel fin mars, un intense orage accompagné de grêlons s’est abattu ce vendredi en fin d’après-midi sur certains secteurs du vignoble, dont les Côtes de Francs, Saint-Émilion, Castillon et l’Entre-deux-Mers. Premier tour d’horizon.

En Francs Côtes de Bordeaux, « un tel phénomène est très rare, raconte Jan Thienpont, président de l’appellation Francs Côtes de Bordeaux. Une grand-mère me parlait du même genre d’épisode en 1935, il y avait aussi eu un tout petit événement en 1985. » La plus petite appellation de Bordeaux, avec ses 400 hectares, est aussi « historiquement celle avec l’hygrométrie la plus faible, et ne se situe pas sur les couloirs de grêle. » Vendredi, pourtant, laminant le secteur compris entre Francs, Saint-Cibard et Tayac, un orage « a touché environ 80 % de l’appellation, parmi lesquels 60 % des vignerons atteints à 100 %. Ça a surpris tout le monde, par la violence et surtout la date, un orage avec une intensité digne d’un mois d’août. On a trois stations météo sur trois points différents, elles ont enregistré 83, 130 et 160 mm de précipitations en un quart d’heure, c’est énorme. Les grêlons étaient monstrueux, de 1 à 2 cm de diamètre. Ça a tout haché, encore plus avec des vignes qui avaient globalement quinze jours d’avance. »

À titre personnel, sur sa propriété Clos Fontaine à Saint-Cibard, le président de l’appellation a vu 90 % de ses vignes ciselées par les grêlons. « Mais dans mon malheur, j’ai de la chance, tempère-t-il, c’est assez propre et j’ai un gros espoir sur les bourgeons qui n’étaient pas encore sortis, car ils sont sortis assez irrégulièrement cette année. Il va falloir être vigilant sur l’épamprage pour donner toute la force à la plante, et être encore plus impliqué que d’habitude. »

Également à la tête de château Robin, à Saint- Philippe-d’Aiguille, en Castillon Côtes de Bordeaux, appellation limitrophe des Côtes de Francs, Jan Thienpont concède avoir eu, sur cette autre propriété, « très peur ». « On est passés à côté de la catastrophe mais pour nous, il ne s’est rien passé avec seulement de multiples petits grêlons. » Sur cette même commune, tous les vignerons n’ont pas eu cette chance, avec de nombreuses exploitations ayant perdu entre 60 et 80 %, voire la totalité de la récolte, comme plusieurs vignerons à Puisseguin-Monbadon. À quelques pas de là, à Saint-Émilion, « c’est assez hétérogène et on attend les retours des viticulteurs. On en saura plus d’ici quelques jours quand on pourra voir comment la vigne reprend ou pas. En gros, on peut dire que 10 à 30 % sont touchés, avec des exploitations pour certaines qui sont très touchées » constate Franck Binard, le directeur du syndicat.

L’Entre-deux-Mers aussi

Sur le secteur de l’Entre-deux-Mers, « le directeur Frédéric Roger est en train de sonder les vignerons en ce lundi pour voir l’amplitude des dégâts, explique Bruno Baylet, le président du syndicat des vins de l’Entre-deux-Mers. Apparemment, ça s’est plutôt concentré sur un secteur Targon-Daignac-Grézillac-Moulon, c’est tout ce qu’on sait pour l’instant. Sur l’épicentre, des vignes ont été ravagées à 100 %. Ailleurs, il y a eu de la grêle mélangée avec beaucoup d’eau, donc pas de dégâts majeurs. En terme de surfaces et nombres de communes touchées, on y verra plus clair dans deux ou trois jours, une fois le sondage fait. »

Dans un contexte de crise pour la viticulture bordelaise, encore accentuée par le coronavirus, « c’est particulièrement dramatique, on n’avait vraiment pas besoin de ça, déplore Jan Thienpont. Mais ce qui est rassurant, c’est que les gens sont déterminés. Ça fait partie des risques du métier, on l’accepte, et une belle solidarité se met déjà en place. »