Aujourd’hui, s’est ouvert une enquête publique sur la future LGV reliant Montpellier à Perpignan. Elle concerne le tronçon Montpellier-Béziers, qui passera en plein cœur de l’appellation Picpoul de Pinet, détruisant au minimum 75 hectares de vignoble.

Arrivée depuis 2018 à Montpellier, la prolongation de la LGV vers Perpignan semble donc inévitable. 150 kilomètres de lignes doivent être construits dans les prochaines décennies. À l’horizon 2030, c’est la phase 1 Montpellier-Béziers qui va démarrer sa construction. 52,3 kilomètres de lignes et 7 de plus pour les raccordements, le tout traversant 18 communes et réduisant ainsi de 18 minutes le temps de parcours pour les trains Paris-Perpignan.

La LGV, qui devrait passer en plein secteur de Pinet, ne sera pas construite en parallèle de l’autoroute A9, mais un peu plus loin, formant ainsi un îlot de vignes esseulé entre les deux axes de communication. Enfin, elle devrait aussi accueillir le bruyant FRET, qui circulerait la nuit et provoquerait la colère des vignerons sur le secteur.

Une appellation impactée

Ce n’est pas la première fois que la SNCF va devoir gérer des mécontentements en plus d’expropriations. Mais cette fois-ci, elle fera face à une appellation qui a le vent en poupe, et pas que celui venant de la mer.

Nous sommes dans une excellente dynamique et un marché très porteur. Mais comment va-t-on faire pour répondre à la demande de nos clients ?” s’exprime Laurent Thieule, le président de l’AOC. L’aire de production étant limitée à 2000 hectares, on peut comprendre son inquiétude sachant que 1500 sont déjà en production. Difficile donc de voir une croissance avec au minimum 75 hectares en moins et sans compter les futurs frais engendrés par les nouveaux déplacements : “il faudra aussi calculer les nouveaux investissements pour se rendre dans les parcelles, séparées par la ligne ferroviaire”. Enfin, Laurent Thieule estime que les terres en AOC seront définitivement perdues et ne pourront pas être plantées plus loin : “Les terroirs ne sont pas les mêmes ailleurs, c’est le principe d’une l’appellation”.

Picpoul de Pinet est la seule AOC à produire uniquement des vins blancs tranquilles dans le Languedoc. Elle vend près de 12 millions de bouteilles, vinifiées par 4 caves coopératives et 24 caves particulières. Des domaines comme le Petit Roubié, Félines Jourdan et la cave coopérative des vins Beauvignac seront impactés par la LGV.

Un territoire menacé

Notre vignoble, c’est aussi un paysage, une magnifique vue sur l’étang de Thau et la mer Méditerranée”. Une perte patrimoniale à ajouter dans la liste des préjudices selon le président, lui qui considère que le paysage sera défiguré par le passage de la LGV.

Un argument repris par Olivier Azan, propriétaire du domaine du Petit Roubié, “Picpoul, c’est un paysage qui se termine sur l’étang. C’est le VTT dans la garrigue. C’est le panorama sur Sète. La LGV va nous enlever les vignes, mais aussi les touristes qui en profitent durant leurs promenades”. Son domaine, grand de 80 hectares, est éparpillé sur plusieurs îlots, mais c’est sur la commune de Pinet que sa parcelle de 30 hectares d’un seul tenant sera coupée en deux par la ligne ferroviaire. Au total, 6 hectares seront expropriés soit 20 à 25 % de son volume en AOC Picpoul de Pinet.

Un projet d’une telle envergure amène aussi son lot d’externalités négatives sur l’environnement. “Le chantier va considérablement modifier le microclimat et mettre en danger la biodiversité” assure Laurent Thieule. En défrichant, déboisant et débroussaillant, les travaux perturberont la faune et flore locales. Il estime que cela bloquera la circulation du vent et augmentera l’humidité, entraînant avec elle l’arrivée du mildiou et de l’oïdium.

L’enquête publique démarre donc en cette mi-décembre et se déroulera jusqu’au 22 janvier 2022. Elle doit assurer l’information au public concerné et prendre en compte les intérêts des impactés.

18 minutes contre Picpoul de Pinet : le match est lancé !