(photos F. Hermine)
(photos F. Hermine)

Le Brut premier n’existe plus. Voici le Brut Collection de la maison Louis Roederer qui a imaginé un brut sans année évolutif pour aller plus loin dans la création et surtout s’adapter au réchauffement climatique. Il a été présenté vendredi en avant-première à quelques happy few au bar du Bristol à Paris.

Le champagne Roederer à la maturité élevée devenue sa signature part aujourd’hui en quête de fraîcheur. « C’est ça, la révolution, affirme le maitre de chai Jean-Baptiste Lécaillon, depuis 31 ans dans la maison. Avant nous partions de l’année, la base, et on cherchait des vins de réserve pour arriver au goût Roederer; désormais, nous partons des vins de réserve pour leur apporter de la fraîcheur avec la base sur un principe de réserve perpétuelle et en diminuant les dosages ». Le tout nouveau Collection est un assemblage à 42% chardonnay, 36% pinot noir et 22% pinot meunier, sans fermentation malolactique et sous contrôle strict d’oxygène en cuves, avec une partie élevée sous bois (12%) pour conserver des tanins et affûter la salinité. Le même volume est ajouté chaque année à cette réserve depuis 2012 et la première cuvée 242, le 242e assemblage de la maison depuis sa création, est issu de 34% de cette réserve « rafraîchi » par le 2017 avec un dosage moindre passé de 12 à 8 g. « Nous avons voulu un assemblage de millésimes qui révélerait de la profondeur, des nuances et une liberté de s’exprimer avec un numéro différent chaque année » précise Frédéric Rouzaud, la P-dg de Roederer. « Le champagne est d’abord un grand vin sur un terroir unique de craie et avec un savoir-faire incomparable à partir desquels on peut essayer d’exprimer une grande diversité. Le sol est plus important que le cépage et les grands vins, comme le disait Henri Jayer, ne naissent pas de la vinification mais de l’élevage ».

Une perpétuelle remise en cause

Après une série d’années catastrophiques dans les années 70 durant lesquels les raisins ne murissaient pas ou pourrissaient (seuls les 76 et 79 y avaient échappé), Jean-Claude Rouzaud, le père de Frédéric, avait créée en 1986 le Brut Premier en travaillant sur les maturités et choisissant un nom de cuvée original en lettres gothiques, façon Bristol, pour se singulariser et avec pour objectif une constance devenue la signature de la maison rémoise. « Aujourd’hui, nous nous sommes recentrés sur le terroir en appliquant à notre brut la philosophie que nous avons adopté depuis 20 ans pour le Cristal, le rosé, le blanc de blancs : davantage d’agronomie au vignoble et des sélections parcellaires pour notre seul champagne comportant des achats de raisin, les autres étant issus des vignes du domaine » précise le maître de chai. A la vigne, Roederer accompagne les vignerons partenaires sur des contrats à la parcelle, les amène à leur rythme au bio ou en tout cas au plus près motivés et aidés par les équipes de Jean-Batiste Lécaillon. « Les maturités de plus en plus hautes ont atteint un record en 2017 où l’on a vendangé fin août et cette catastrophe climatique nous a permis de nous recentrer sur le projet de longue haleine que nous avions en réserve depuis une dizaine d’années. Car la dynamique de la maison est de toujours se remettre en cause ». 12 à 15 000 hl de Collection, soit l’équivalent de deux millions de bouteilles, sont donc en élevage pour obtenir un vin caressant, tendu et salin aux arômes enveloppants et aux bulles délicates sur une discrète note grillée. « Un champagne à découvrir aussi en dégustation et pas seulement à l’apéritif comme c’est souvent le cas d’un brut sans année » espère Frédéric Rouzaud.

Autre nouveauté du Brut Collection, un QR code sur l’étiquette pour obtenir diverses informations sur le dernier millésime, la date de dégorgement, les commentaires de dégustation. Le 242 sera disponible en 75 cl et en demi-bouteilles avec quelques magnums pilotes en 241. Le prix a été revalorisé à 47,50€ (au lieu de 45,50€ auparavant) et il sera disponible les premières semaines en exclusivité chez Nicolas.

Ci-dessous : Jean-Baptiste Lécaillon et Frédéric Rouzeaud (photo FH).