Alors que l’approvisionnement des capsuliers en aluminium est devenu depuis quelques mois très compliqué, en collaboration avec Vipalux, le Syndicat général des vignerons propose à ses adhérents les premières coiffes en papier. Une innovation qui devrait rendre l’habillage des bouteilles de champagne également plus écologique.

A l’origine, les coiffes furent inventées par les Champenois pour dissimuler les restes de lies collées au niveau du col de la bouteille. De cache-misères, elles sont devenues un ornement qui symbolise presqu’à lui seul le champagne. Comme dans le prêt-à-porter, il existe différentes modes. Pendant longtemps, les jupes (partie inférieure de la coiffe) longues ont prévalu, mais depuis quelques années elles se font de plus en plus courtes, la tendance étant à une certaine sobriété et un certain dépouillement, mais aussi à l’écologie et donc aux économies de matière première. Si historiquement, elles étaient en étain, depuis la seconde moitié du XXe siècle, l’aluminium s’est largement répandu, mêlé à des couches de polyéthylène.

L’aluminium est 100 % recyclable. En ce qui concerne cependant « le petit aluminium », catégorie à laquelle appartiennent ces coiffes tout comme les capsules de café, tous les centres de tri n’en assurent pas le recyclage même s’ils sont de plus en plus nombreux à s’en donner les moyens. Dans tous les cas, pour renforcer les chances de leur recyclage, le Comité Champagne indique que les consommateurs ne doivent ni laisser les restes des coiffes sur les bouteilles ni les jeter aux ordures ménagères mais les mettre dans le bac jaune. On notera enfin le caractère relativement énergivore de la production d’aluminium, élaboré par électrolyse.

A Reims, le designer Johannes K. Gräber a fondé la startup Ethicpack avec l’ancien président de la maison Ayala, Hervé Augustin. Elle est spécialisée dans les emballages éco-conçus des produits de luxe.  Pour améliorer le bilan écologique de l’habillage du champagne, Johannes K. Gräber a imaginé remplacer l’aluminium et le polyéthylène des coiffes par du papier issu de forêts durables, celles-ci devenant ainsi 100 % recyclable, biodégradables et renouvelables.  En s’associant au papetier suédois Billerud et à la société allemande de traitement Wickells, le designer a pu mettre au point après plusieurs années de recherche un papier répondant au cahier des charges très exigeant des coiffes : avoir la capacité à conserver la même forme, ne pas craindre l’eau, être suffisamment résistant pour ne pas risquer d’être déchiré lors des différents transports et manipulations. Dernier détail et pas des moindres, la coiffe doit pouvoir être appliquée par les machines champenoises, ce qui est aujourd’hui le cas à condition seulement de changer les têtes de capsulage.

Ce travail a été mené en collaboration avec Vipalux, aujourd’hui le seul capsulier producteur de coiffes en papier. Si le champagne Pierre Trichet a déjà testé avec succès son emploi sur sa cuvée Rosé de Saignée, Vipalux avait besoin pour continuer l’aventure de l’assurance de commandes volumineuses. C’est ici qu’intervient le Syndicat général des vignerons. Depuis la guerre en Ukraine, la crise de l’énergie et la désorganisation de la filière aluminium, le service de distribution des capsules congés (CRD) du SGV peinait à s’approvisionner auprès des capsuliers frappés par la pénurie de matière première. Le syndicat s’est donc engagé à mettre ces nouvelles coiffes en papier à la disposition des vignerons. Déjà quatre d’entre eux ont passé commande, dont Cédric Moussé à Cuisles et Alexandre Chaillon à Aÿ. Elles seront commercialisées à partir du printemps.

Le rendu est différent de celui de la coiffe en aluminium, l’allure est peut-être moins industrielle, la texture plus brute et naturelle, les pliures plus évidentes, le papier ayant une épaisseur que n’a pas l’aluminium. De quoi séduire les vignerons qui souhaiteraient un style mettant davantage en avant la notion de terroir plutôt que l’univers pailleté du luxe, même si la coiffe supporte très bien les décorations, que ce soit les impressions numériques ou le gaufrage. Différentes couleurs sont disponibles : kraft, blanc, or, noir, argenté… En réalité, leur seul défaut réside dans leur prix qui avoisine celui des coiffes haut de gamme.