Entre l’Institut national de l’origine et de la qualité (INAO) et les vignerons bourguignons, le torchon brûle. Fait exceptionnel, ces derniers appellent à manifester au siège de l’Institut, à Montreuil, le 6 février.

Le clash est sérieux et inédit. Il couve depuis une vingtaine d’années, trouvant ses origines dans un “oubli” datant de la création des AOC en 1937. “Nous nous sommes aperçus en 2000 que le dossier de délimitation de l’appellation Bourgogne n’avait jamais été refermé. En 2008, l’INAO a fini par s’en saisir”, expose Thiébault Huber, vigneron en Côte-d’Or et Président de la CAVB.

A l’époque, les Bourguignons sont loin de s’imaginer que les experts préconiseraient l’exclusion d’une aire de 7 000 hectares (dont 5 500 plantés), à savoir la quasi-totalité des communes du Chablisien, des secteurs du Tonnerrois, de l’Auxerrois mais aussi du Dijonnais et du Châtillonnais.
Autant de vignobles appartenant historiquement et administrativement à la région Bourgogne.

De l’incompréhension, les vignerons bourguignons sont passés à la colère en constatant les options suggérées par l’INAO plus au sud. Car le fond du problème initialement soulevé est là. Dans la continuité de la Bourgogne, via le prolongement du Mâconnais, le Beaujolais figure dans l’aire d’appellation Bourgogne. Des passerelles existent historiquement entre les crus du Beaujolais et l’appellation Bourgogne (des replis sont possibles). Il est question, depuis des années, de préciser le nombre de communes pouvant prétendre produire cette AOC (à condition d’en respecter l’encépagement). Les experts en ont retenus 43. “On nous demande d’accueillir entre 6 et 8 000 hectares, s’insurge Thiébault Huber. Le risque est de voir les cours des vins achetés par le négoce divisé par 3. De nombreux domaines bourguignons, ceux qui ne produisent que des appellations régionales, sont mis en danger.”

Cette possible “délocalisation de la production” va aussi poser un problème pour le consommateur selon les bourguignons. Pour eux, l’INAO ouvre la porte à un amalgame entre deux régions viticoles distinctes. “Comment ne pas discréditer le dispositif même des appellations d’origine ? Si le Beaujolais devient un Bourgogne, alors pourquoi le Crémant de Bourgogne ne serait pas du Champagne ou le Luberon un Côtes du Rhône ? Toute la notion même d’appellation d’origine serait remise en cause par cette décision de l’INAO.”, communique la CAVB.

“Si nous voulons préserver le modèle économique de nos AOC régionales et surtout l’image de nos Bourgogne auprès de notre clientèle, ils doivent nous entendre !” martèle Thiébault Huber.

Une pétition a été mise en ligne : http://chng.it/wQZh5VfM7h