Alors que le moral des Champenois est en berne, la Maison Vranken-Pommery a décidé de faire tout son possible pour pouvoir rouvrir ses caves aux visites dès lundi prochain. Une mesure qui reste toutefois conditionnée aux prochaines annonces du gouvernement.

Les grilles du domaine Pommery n’avaient jamais été fermées, pas même pendant les deux guerres mondiales. Avec ses 145.000 visiteurs par an – ce qui en fait le deuxième site le plus visité à Reims après la Cathédrale – le spectacle de sa cour déserte a quelque chose de fantomatique, et les tourelles au style néo-élisabéthain (hommage à la clientèle anglaise de la Veuve Pommery) rappellent étrangement le château de la Belle au bois dormant.

L’objectif pour le moment est moins économique que solidaire : “alors que les chaînes d’information égrainent chaque jour le nombre de morts, il s’agit d’offrir aux Rémois la possibilité d’une escapade culturelle décalée, une bouffée d’oxygène pour se changer les idées après un long confinement, une occasion de se reconnecter à la vie” confie Nathalie Vranken. Et si cet été les Français suivent les encouragements du gouvernement à privilégier le tourisme local aux destinations exotiques, un certain nombre de Parisiens pourraient être tentés d’aller eux aussi se perdre dans ce labyrinthe enchanteur à moins d’une heure de Paris.

Le spectacle en vaut le détour. La famille Vranken a fait de cette cathédrale souterraine, ancienne carrière de pierres à l’époque médiévale, un véritable musée d’art moderne. L’inauguration de l’exposition “introspection” qui reprend les œuvres majeures acquises depuis 15 ans par l’entreprise n’a pu avoir lieu comme prévu le 15 avril. Mais dans la profondeur de la craie, aux côtés des vieux millésimes de la Maison, celle-ci n’attend que les visiteurs avec un programme qui ne manquera pas de mettre en perspective notre actualité. Ainsi, “l’homonculus sensitif” de Mathieu Mercier, sorte de nain aux mains géantes, semble figurer la foi illusoire de l’homme en sa toute puissance. Le vacancier d’Enrique Marty, bronzant sur une plage à l’abri d’un parasol dans l’obscurité d’un caveau, a tout de nos Français confinés qui tentent de se donner l’illusion de voyager au soleil dans leurs 20 mètres carrés. Que dire enfin de ce petit rat sympathique sculpté par Aline Bouvry, jadis vecteur de la peste mais muni d’un pulvérisateur, qui semble narguer le visiteur au détour d’une allée ? Pour autant l’aventure reste joyeuse et si les guirlandes d’accessoires de cuisine en plastique montés par le Coréen Choi Jeong Hwa interrogent la surabondance de la société de consommation, elles donnent aussi à l’Happy Galerie des allures de grotte magique où des stalactites multicolores évoquent l’univers du Pop Art.

On notera que pour assurer la sécurité de ses visiteurs, la Maison dispose de sérieux atouts, en particulier une application spéciale qui permet de visiter sans guide les caves. Par ailleurs, avec une longueur de deux kilomètres et des hauteurs de plafond qui atteignent 30 mètres, on peut facilement respecter les distances de sécurité.

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