(photo JM Brouard)
(photo JM Brouard)

Le monde coopératif, en pleine mutation depuis plusieurs années, s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle dynamique dans laquelle l’environnement tient une place centrale. C’est le cas notamment dans le groupement Marques&Coop qui regroupe une douzaine d’entités.

La pérennité d’une structure viticole, quelle qu’elle soit, implique de se poser aujourd’hui des questions sur les attentes des consommateurs. Il serait illusoire de penser que la sensibilité aux questions environnementales est une passade. Il y a comme un effet cliquet sur ces questions. Nous ne reviendrons plus en arrière. Certains l’ont bien compris et ont initié depuis longtemps déjà un changement de paradigme dans leurs caves. D’autres y viennent progressivement. Mais le constat global est celui d’une prise de conscience réelle. Cela commence par le nombre croissant de caves coopératives proposant des cuvées labellisées bio ou qui sont actuellement en cours de conversion. C’est le cas par exemple chez Agamy, la grande coopérative beaujolaise, où 7 exploitations seront labellisées bio dès l’année prochaine. Chassenay d’Arce, la coopérative du sud de la Champagne, vient également d’annoncer la sortie de sa première cuvée bio le mois prochain. Il en va de même chez Tutiac où 180 hectares sont déjà cultivés en bio, 300 hectares supplémentaires étant en conversion. L’objectif affiché est ici de convertir chaque année 100 hectares de plus. D’autres démarches complémentaires viennent renforcer cette dynamique, comme le zéro résidu de pesticide. Tutiac a ainsi sorti une cuvée qui répond à cet objectif et les dirigeants souhaitent progressivement la généraliser. Vinovalie affiche les mêmes préoccupations dans son plan Biovalie 2025. Des essais sont menés actuellement sur des parcelles expérimentales avec, entre autres, des produits de bio-contrôle. Parmi les pistes étudiées, l’huile d’écorce d’orange pourrait permettre de combattre le mildiou.

HVE et protection de la biodiversité

Nombre de caves coopératives sont désormais inscrits dans une démarche vers le label HVE (Haute Valeur environnementale). Le niveau 3, le plus élevé, est d’après la réglementation « fondé sur des indicateurs de résultats relatifs à la biodiversité, la stratégie phytosanitaire, la gestion de la fertilisation et de l’irrigation ». Vinovalie entend être 100% HVE3 d’ici à 2023. Tutiac est plus avancé en la matière avec déjà 2000 hectares concernés sur les 6000 hectares exploités par ses adhérents. Chez Agamy, ce sont 75% du vignoble qui pourrait être HVE3 d’ici 3 ans si les objectifs sont tenus. Cette évolution s’inscrit dans une prise de conscience plus marquée de l’importance de la biodiversité. Les Vignerons Ardéchois ont ainsi passé une convention avec la Ligue de Protection des Oiseaux pour favoriser le renforcement des populations de certaines espèces comme les chauves-souris, les abeilles, les petits-ducs et les loutres. Même état d’esprit chez Estandon. Cette cave coopérative de Provence a adhéré l’an passé à l’association pour une agriculture du vivant. Dans cette optique, des vignes ont par exemple été arrachées pour replanter des arbres. Une continuation logique pour cette structure déjà fortement impliquée dans le bio. Tout comme Rhonea dans le sud de la vallée du Rhône. Les projets ne manquent donc pas. Ils témoignent d’une saine émulation qui devrait permettre aux caves coopératives de jouer un rôle d’entraînement au sein de leurs régions respectives.