Précédemment propriété de Jean-Pierre Marie, le Château Cambon la Pelouse a été racheté cet été par Treasury Wine Estates. Quel avenir cette grande société réserve-t-elle à ce cru bourgeois réputé ?

“Monsieur Marie a réalisé un très bon travail”. C’est par ces mots que Sébastien Long, le nouveau gérant de Cambon la Pelouse, rend hommage à Jean-Pierre Marie, l’ancien propriétaire. Ce dernier avait acheté ce cru bourgeois en 1996 et avait accompli un long travail de restructuration et de marketing qui avait amené les vins à la notoriété qu’on leur connaît maintenant.

Si la réputation acquise est un argument fondamental pour le rachat, un audit a néanmoins été conduit sur les installations techniques, le terroir, et les vins notamment. Treasury Wines Estates ne s’engage pas sur un achat sans s’assurer de l’excellent état du domaine et du potentiel du vin.

Treasury Wine estates, c’est la marque Penfolds, pour ne citer qu’une des plus connues parmi les 15 que compte le groupe basé à Melbourne en Australie et qui emploie 3500 personnes. Cambon la Pelouse (mais aussi Château Trois Moulins et L’Aura de Cambon la Pelouse en appellation Margaux) constituent une première acquisition en France.

Quelle est la statégie de Treasury Wine Estates ?

“Une marque de vins français a été créé il y a deux ans, Maison de Grand Esprit, pour les marchés asiatiques. C’est un portfolio qui présente des vins de qualité sur des terroirs prestigieux, et une partie des vins produits par Cambon la Pelouse pourrait partir dans le portfolio” explique Sébastien Long. En effet, il n’est que de voir la liste des vins proposés pour être rassuré sur la place des vins de Cambon la Pelouse qui ne peuvent que maintenir au minimum leur qualité s’ils veulent intégrer et rester dans ce portfolio. Et quand on l’interroge sur la politique de vente à bas prix de certains Bordeaux de faible qualité qui ont été importés notamment en Chine, sa réponse est claire : “certaines pratiques qui ont eu lieu avec le marché chinois n’ont plus lieu d’être. La stratégie de Treasure Wine Estates c’est de travailler avec du premium et Cambon la Pelouse sert cette image. Les vins produits dans la propriété rentrent dans cette stratégie. Et on continuera à trouver du Cambon la Pelouse sous la marque Cambon la Pelouse”.

Mais alors, ne trouvera-t-on Cambon la Pelouse que grâce à Maison de Grand Esprit ? Car ce qui avait fait la force de ce château, c’est “sa bonne implantation sur la grande distribution et le négoce bordelais avec des partenaires historiques” reconnait Sébastien Long. Qu’à cela ne tienne, “nous allons continuer à travailler avec les acteurs de la Place” s’empresse-t-il de préciser. Donc on trouvera toujours du Cambon la Pelouse selon nos habitudes. Et sans doute avec une qualité qui aura bénéficié du savoir-faire de Treasury Wine Estates et de l’expérience de Sébastien Long.

Rhône, Australie, puis Bordeaux

Ce dernier, qui prend donc la relève de Jean-Pierre Marie, est le seul nouveau visage au sein de l’équipe qui reste en place avec, notamment, Olivier Pascaud, le directeur technique. Sébastien Long vient de la vallée du Rhône méridionale où il a un domaine familial. Après avoir étudié en vallée du Rhône, à Montpellier et en Bourgogne, il est parti travailler en Californie, puis à Gigondas et surtout, il s’est illustré onze ans en Australie, ayant notamment intégré Treasury Wine Estates en 2012. C’est lui qui a créé le réseau Maison de Grand Esprit pour laquelle il faisait les assemblages. Sébastien Long se définit plutôt comme “un winemaker” et, avec sa première vendange à Cambon la Pelouse cette année, a connu le 25ème millésime de sa carrière.

Le millésime 2019 le satisfait pleinement. “Les bons porte-greffes ont été mis sur les bonnes parcelles”, ce qui confirme la qualité du travail de son prédécesseur. La vigne a bien réagi aux conditions climatiques de l’été : “la maturité phénolique est arrivée un peu tard mais nous avons fait un ramassage à pleine maturité avec une qualité sanitaire parfaite et un degré d’alcool supérieur à la moyenne”. Et d’ajouter que “ce sera un millésime très joli sur la propriété avec des merlots à la couleur très soutenue, et un nez allant du fruit rouge au fruit noir, épicé, amenant une belle complexité”.

En projet, la poursuite de la restructuration du vignoble, l’optimisation du cuvier et du chai à barriques (cuves de plus petit volume pour permettre le parcellaire). Et augmenter la proportion de barrique neuves. Les amateurs de Cambon la Pelouse suivront ces évolutions avec attention.