Ci-dessus : Julien Viaud et Michel Rolland (photo M. Boudot)
Ci-dessus : Julien Viaud et Michel Rolland (photo M. Boudot)

En cédant à trois de ses collaborateurs la majorité de l’actionnariat du laboratoire d’œnologie qu’il a hissé au sommet avec son épouse Dany, Michel Rolland passe la main en douceur à une nouvelle génération. La retraite n’est pas d’actualité pour autant.

Nous posions la question dans nos colonnes il y a tout juste 18 mois, à la faveur d’une interview dans son laboratoire de Pomerol : “y a-t-il une vie après Michel Rolland ?” À cette époque, l’emblématique flying winemaker, 46 vendanges au compteur – il en a désormais 47 – envisageait du bout des lèvres de parler de retraite, de succession, de transmission, et assurait garder la main sur le laboratoire d’œnologie qu’il a contribué, avec son épouse Dany, à hisser au sommet. Pour autant, il y a 18 mois déjà, il n’était pas besoin d’être grand clerc pour deviner que le successeur, le fils spirituel serait Julien Viaud, œnologue, ingénieur agro, travaillant au plus près de Michel et Dany Rolland depuis 2006.

Nouvelle génération

Le passage de relais est désormais acté. En début d’année, la famille Rolland a cédé 60% de l’actionnariat du laboratoire à trois proches collaborateurs : Julien Viaud, Jean-Philippe Fort et Mikael Laizet. Michel, Dany Rolland et leur fille Stéphanie conservent à ce jour 40%, avec une sortie progressive de l’actionnariat prévue dans les cinq années à venir. Le laboratoire Rolland devient ainsi “Rolland et Associés”. C’est donc une page qui se tourne – en douceur certes, mais qui se tourne tout de même – dans le paysage bordelais. Lancé au début des années 1970, l’itinéraire de Michel et Dany Rolland est une success story indissociable d’une certaine idée de l’œnologie moderne, qui a contribué à remettre les vins de Bordeaux sur le devant de la scène et a étendu ses ramifications dans le monde entier, de la Californie à l’Argentine.

“Une nouvelle génération passe aux manettes”, explique Michel Rolland. “L’avenir du laboratoire est désormais entre leurs mains. Je suis heureux de pouvoir passer le relais dans de bonnes conditions, à des collaborateurs en qui j’ai pleine confiance et avec lesquels je travaille depuis longtemps. Ce laboratoire, c’est tout de même une belle affaire, avec près de 240 clients à travers le monde – il eut été dommage qu’elle ne se poursuive pas. C’est donc un grand motif de satisfaction que de voir que sa pérennité est assurée. Je ne prends pas ma retraite pour autant, je vais continuer mon activité en lien avec une dizaine de propriétés françaises qui me tiennent à cœur et que j’accompagne personnellement, mais aussi avec les États-Unis et avec l’Amérique du Sud. À part tout cela je vais en faire de moins en moins”.

Julien Viaud à la co-gérance

D’un point de vue opérationnel, la co-gérance du laboratoire est désormais assurée par Julien Viaud et Stéphanie Rolland. Une nouvelle impulsion a déjà été donnée, avec des investissements pour moderniser les équipements à hauteur d’une centaine de milliers d’euros. Pour Julien Viaud, c’est une première étape nécessaire afin de répondre toujours plus efficacement aux attentes des domaines. “Nous devons être de plus en plus réactifs et proposer des solutions à nos clients, il faut rationaliser les analyses quotidiennes, aller plus loin sur les outils digitaux, l’imagerie informatique, les modélisations des maladies de la vigne, et ses nouveaux équipements vont nous y aider”. La deuxième étape, selon Julien Viaud, est de “se poser les bonnes questions”. Il développe : “d’énormes progrès ont été faits ces dernières années sur le plan viticole comme œnologique, on a gagné en précision dans tous les secteurs, mais il y a parfois un manque de transparence, de lisibilité. Je pense notamment aux normes environnementales, parmi lesquelles même les professionnels ont du mal à se retrouver et qui permet à chacun de dire ce qu’il veut. Il faut replacer la science, l’analyse, la traçabilité au cœur de notre métier. Nous pouvons aujourd’hui apporter des réponses extrêmement précises, dans la connaissance du matériel végétal, la conduite du vignoble comme dans l’utilisation chirurgicale des produits phytosanitaires, et apporter un accompagnement rationnel, sans dogmatisme, avec intégrité. Il y a aujourd’hui à Bordeaux une expertise remarquable sur ces sujets, nous voulons y contribuer et aller plus loin”.

Et concernant le style des vins, si tant est qu’il y ait eu un “style” Rolland ? “Nous n’arrivons pas pour chambouler tout ce qui a été fait par Michel”, précise Julien Viaud. “Michel a contribué à amorcer une révolution dans l’œnologie, notamment sur le plan de la maturité des raisins : il a milité pour que l’on ramasse des raisins sains et mûrs, à une époque où ce n’était pas toujours le cas – et nous entendons poursuivre cette tradition, celle de la juste maturité. En accompagnant au plus près les itinéraires viticoles pour peaufiner le profil aromatique des vins, car nous voulons contribuer à faire des vins de terroir – des vins digestes, des vins qui se vendent et se boivent. Et cela n’est pas contraire à la rigueur scientifique”. Ce discours séduira-t-il de nouveaux domaines, à Bordeaux comme à l’étranger ? “Nous avons déjà un portefeuille assez conséquent à gérer”, tempère Julien Viaud. “Notre souci est d’abord de pérenniser l’activité, car passer derrière Michel et Dany Rolland cela ne se fait pas en un claquement de doigts ; il y a des challenges à relever, y compris ici à Bordeaux, mais on se donne le temps”.

Ci-dessous : Michel et Dany Rolland entourés par leurs associés, Jean-Philippe Fort, Julien Viaud et Mikael Laizet.