Ci-dessus : Edouard Miailhe, Château Siran (photos Patrice Letarnec).
Ci-dessus : Edouard Miailhe, Château Siran (photos Patrice Letarnec).

Quelques semaines après la fin des vendanges et alors que les vinifications sont bien engagées, le profil du millésime 2019 se dessine bien à Margaux. Tour d’horizon dans différentes propriétés, en attendant les dégustations primeurs.

Le millésime 2017 avait subi le gel et le 2018 une pression mildiou hors du commun. Après ces deux millésimes certes de bonne qualité mais à la quantité réduite, le millésime 2019 apporte à l’appellation Margaux l’embellie dont elle avait besoin.

Des rendements tout a fait satisfaisants…

Edouard Miailhe, le propriétaire du château Siran, constate que “depuis les années 1980 les rendements diminuent, sans doute du fait du changement climatique”, et sans doute aussi “parce qu’il y a de plus en plus de châteaux qui travaillent en bio”, comme le dit le très réputé œnologue Eric Boissenot. Pourtant, le millésime 2019 offre un bon un rendement, compris entre 50 et 55 hl. Denis Lurton, au château Desmirail (3ème grand cru classé), se réjouit d’obtenir 55 hl/ha. Idem à Durfort-Vivens (2ème grand cru classé, en bio), où Gonzague Lurton obtient 50 hl/ha. De quoi redonner du baume au cœur après deux années bien difficiles, même si, à Rauzan Gassies (3ème grand cru classé), Anne-Françoise Quié indique avoir “des rendements un peu plus faibles (45 hl) mais très convenables.

… Une vendange saine…

Les canicules du 26 juin et du 27 juillet ont certes fait souffrir quelques vignes mais “les conditions estivales étaient très bonnes” indique Eric Boissenot. Ces fortes chaleurs ont participé au stress hydrique de la vigne, en bloquant un temps son processus végétatif. Les vieilles vignes à l’enracinement profond se sont mieux défendues. C’est le cas à Rauzan Gassies pour lequel Anne-Françoise Quié indique que “si les merlots n’ont pas souffert de sécheresse, pour les cabernets, il y a eu du retard sur la maturité phénolique” : ce que confirme Lucien Guillemet du Château Pouget (4ème grand cru classé) en précisant toutefois “qu’elle est arrivée tard, mais elle y était”. Les cabernets étaient “rigoureux, et se sont détendus sur la fin, pour finalement obtenir du gras et du soyeux” nous dit Anne-Françoise Quié. Quant au petit verdot qui apportera de la structure en milieu de bouche, “il a une tenue incroyable” dit-elle.

Edouard Miailhe, du château Siran, a même cette expression : “ils étaient comme des bonbons !” Ce sont les pluies de fin août et mi septembre qui “ont tout débloqué, sans faire éclater les baies” précise Gonzague Lurton à Durfort-Vivens. Ce dernier poursuit en disant que “les tris ont montré une belle homogénéité des grappes”, sans botrytis, ce qui atteste d’une vendange saine. Pour cette vendange on a observé “une maturité très forte, avec un degré d’alcool assez haut” précise l’œnologue Eric Boissenot.

… et des fermentations sans difficultés…

Côté vinification, Denis Lurton du château Desmirail souligne “une extraction facile mais il fallait être patient dans les macérations car celles-ci ont été un peu plus longues qu’à l’ordinaire”. “Les pépins étaient bien mûrs, au top” pour Gonzague Lurton de Durfort-Vivens (ils apportent des tannins de qualité à condition de ne pas les écraser, et ont un fort pouvoir anti-oxydant). On trouvait également “un très bon rapport acidité/sucre” pour Lucien Guillemet du château Pouget, ce que confirme la majorité des interviewés. Les fermentations se sont déroulées sans devoir compenser d’éventuelles faiblesses des moûts et, dans la majorité des cas, la malolactique s’est faite dans la foulée (co-inoculation de levures). Un millésime facile donc que la qualité de la matière première a permis.

… pour un “très bon millésime”.

La proportion de premier vin serait sur une tendance supérieure à la moyenne : “dans les proportions des 2015, 2016 et 2018” indique Anne-Françoise Quié de Rauzan-Gassies – un constat réjouisant donc. Mais “le second vin bénéficiera de la qualité du millésime” nous dit Gonzague Lurton à Durfort-Vivens.
Il ajoute que le millésime 2019 se dessine avec “un style précis, sans l’opulence du 2010 ; ce sera un vin droit, pur. L’élégance se dessine dans un style très margalais”. Un style que tous les interlocuteurs soulignent en effet. “On a tout pour faire quelque chose de très bien” précise Anne-Françoise Quié. Un très bon équilibre en une puissance maîtrisée … et cette élégance qui fait la réputation des Margaux. Après les premiers assemblages, l’œnologue Eric Boissenot a le sentiment que “le 2019 se situera entre le 2015 et le 2016, avec des vins très concentrés”.

Le métier de viticulteur est un métier à risques : les évènements climatiques de 2017, puis de 2018 l’ont malheureusement prouvé, en réduisant sévèrement les quantités. Pour ce millésime 2019, “il y a la quantité mais surtout la qualité”, et c’est “le ballon d’oxygène dont avait besoin. Tout le monde avait le sourire” conclut Denis Lurton.