Photo Jean-Bernard Nadeau.
Photo Jean-Bernard Nadeau.

C’est avec une émotion palpable que quelques professionnels de la filière partagent avec “Terre de Vins” leur souvenir du directeur général du château Margaux, décédé lundi dernier.

Emporté par un cancer à une semaine du début des primeurs à Bordeaux, celui qui a présidé pendant plus de trente ans à la destinée du château Margaux, aux côtés de sa propriétaire, Corinne Mentzelopoulos, laisse un immense vide dans le monde du vin. Ceux qui l’ont côtoyé, à titre professionnel, et bien souvent amical, témoignent de l’homme qu’il était, aussi humain que brillant professionnellement.

Philippe Castéja, président du Conseil des Grands Crus Classés en 1855, connaissait Paul Pontallier de longue date : “C’était d’abord un ami. C’était aussi un grand nom du vin, l’artisan aux côtés de Corinne Mentzelopoulos du renouveau de Château Margaux. Il avait la discrétion, la distinction et une amitié formidable. Il va indéniablement manquer à Margaux, d’autant plus que c’est une disparition brutale, et non quelqu’un qui part à la retraite. ”

John Kolasa, ex-directeur général du château Rauzan-Ségla, 2ème grand cru classé de Margaux, se remémore lui aussi des nombreuses années où il a côtoyé Paul Pontallier : “J’ai rencontré Paul pour la première fois quand je suis arrivé à Pauillac, à château Latour, en 1987. On se voyait lors des manifestations ou voyages avec les autres premiers crus. J’ai toujours apprécié son amitié et sa compagnie. J’ai toujours aimé l’homme par rapport à sa précision et sa droiture, sa façon de dire les choses en allant directement au but. Quand je suis arrivé à Margaux pour m’occuper de Rauzan-Ségla, je l’ai retrouvé encore plus près, car les deux propriétés sont voisines. Il n’avait aucune obligation de faire quoi que ce soit. Pourtant, il m’a tendu la main pour me conseiller, m’aider, d’une façon très sincère. On dit souvent que les chiens ressemblent à leur maître. Dans le vin, je trouve que Paul Pontallier ressemblait énormément à Château Margaux. Il vivait Margaux à 1000%. Comme Château Margaux, il était très élégant. Il va beaucoup manquer à Margaux.”

Depuis son arrivée au château Palmer, il y a douze ans, Thomas Duroux, directeur général de ce 3ème grand cru classé proche voisin du château Margaux, a croisé à de maintes reprises Paul Pontallier. Il salue un grand homme du vin : “Je ne vois pas dans le paysage viticole bordelais de personne qui, plus que Paul, ait pu incarner une propriété. Son nom et celui de Château Margaux sont intimement liés. J’ai appris au fil du temps, en le fréquentant, qu’il croyait profondément en l’Histoire et au temps. Il ne croyait pas à la révolution et à l’innovation à tout prix. Il savait bien qu’une légende comme Margaux s’est construite en prenant le temps de l’observation, de la réflexion, et que ce temps-là était plus puissant que n’importe quelle autre initiative. Cela est d’autant plus important que dans le monde où nous vivons, nous avons tous tendance à vouloir accélérer en permanence. Je suis plus jeune que lui, moins expérimenté, et chaque fois que nos chemins se croisaient, je l’écoutais toujours avec beaucoup d’humilité et d’admiration.”

“Une célébration, à laquelle peuvent assister ceux qui le souhaitent, se tiendra en la basilique Saint-Seurin, place des martyrs de la résistance à Bordeaux, le samedi 2 Avril 2016 à 11 heures, et sera suivie de l’inhumation au cimetière de Saint-Martin-de-Laye, près du domaine familial de “Bouteille” où la famille recevra à l’issue de la cérémonie.