Photo : Albin Durand
Photo : Albin Durand

Avec une soixantaine de boutiques en Ile-de-France et des ouvertures récentes à Londres et Lyon, le réseau de cavistes affiche depuis bientôt quinze ans un développement exponentiel. Zoom sur les clés d’une réussite guidée par une philosophie moderne et décomplexée

« Lorsque j’ai créé Nysa à l’âge de 25 ans, mon idée était de proposer une approche nouvelle du vin, plus simple, plus jeune, plus émancipée de cadres dans lesquels nous ne nous retrouvions pas », expose Louis de Montille, président-fondateur de l’enseigne. Cette envie de « dépoussiérer le métier de caviste » a germé dans l’esprit de celui qui a baigné dans le milieu vigneron par sa famille, en Bourgogne et dans le Languedoc, alors qu’il était encore en Ecole de commerce. En 2007, la première boutique Nysa ouvre ses portes dans le Marais (Paris), rapidement suivie de deux petites sœurs. Initialement franchisé pour l’enseigne, Louis Gad rejoint Louis de Montille en tant qu’actionnaire de la société, puis Directeur Général en 2014. Près de quinze ans après sa fondation, avec 20 millions de chiffre d’affaires annuel, 63 magasins – 57 en Ile-de-France, dont onze ouvertures en 2020 en pleine crise sanitaire, trois boutiques à Lyon et trois boutiques à Londres en franchise -, au sein desquelles officient 120 collaborateurs, Nysa n’a de cesse de séduire, avec une accélération flagrante ces dernières années. Mais quels sont donc les secrets d’une telle success-story ?

Des implantations habilement pensées

Qu’il s’agisse d’une création ou reprise de boutique, l’installation en centre-ville, de préférence dans des rues piétonnes déjà largement pourvues en commerces de bouche, a toujours été privilégiée. Cher à Louis de Montille, ce choix du commerce de proximité a confirmé sa pertinence lors de la crise sanitaire en 2020. « Grâce à cette localisation, nous avons une connexion privilégiée à nos clients, ce qui nous permet de cerner au plus près leurs attentes, commente-t-il. Nous allons d’ailleurs développer d’ici à la fin de l’année des  »gammes quartiers » avec des produits spécifiquement adaptés localement », pesant pour 10 à 15% de l’offre de chaque boutique.

Une offre habilement pensée

A la base du succès d’un caviste, il y a incontestablement la pertinence de son offre, adaptée au plus près à sa clientèle. Derrière la sélection de Nysa, se cache Charlie Wilson, l’acheteur du groupe. Comme tout réseau de cavistes, Nysa dispose d’un tronc commun à l’ensemble de ses points de vente, soit 1300 références (800-850 vins, dont 30 % en bio-biodynamie-nature, un créneau en très forte croissance, 60-80 bières largement artisanales, et des spiritueux dont une large offre de rhums), dès 5-6 €, et avec un panier moyen tournant autour d’une trentaine d’euros. Pour composer cette sélection, « nous avons établi une relation de confiance dans la durée avec les vignerons avec lesquels nous travaillons, véritables partenaires », assure Louis Gad. Grâce à ce lien privilégié, Nysa a notamment imaginé depuis un an des cuvées de vin, bière ou spiritueux dédiées à l’enseigne, créées en collaboration avec les producteurs. Par exemple, la cuvée de vin « Aligoté Nysa x de Montille » co-élaborée avec les cousins bourguigons de Louis de Montille, une bière brassée avec Craig Allan, un gin co-brandé avec la Distillerie de Paris, ou encore le « cognac Grosperrin sélection Nysa » lancé pour la fête des pères.

Gardant toujours en ligne de mire la modernité et l’audace qui ont fait sa réputation, Nysa se veut « précurseur dans les achats. Nous nous évertuons à trouver des produits qui sortent de l’ordinaire, qui nous distinguent de la Grande Distribution et font venir les clients, notamment jeunes, chez nous », explique Louis de Montille. Parmi eux par exemple, cassant les codes traditionnels, ont fait leur apparition récemment une canette au CBD à base d’eucalyptus, un gin sans alcool, des eaux alcoolisée à 5° au rayon bières, ou encore des cocktails déjà prêts en bouteille.

Des jeunes qui parlent aux jeunes

« J’ai toujours veillé à conserver l’univers contemporain et jeune sur lequel j’ai basé le concept », rappelle Louis de Montille – dont par exemple, un classement des vins non par région ou couleur, mais par moments de consommation de la vie quotidienne. Meilleurs ambassadeurs de cette philosophie, les cavistes de Nysa ont en moyenne moins de trente ans. Relativement jeunes certes, mais avec les connaissances et aptitudes nécessaires pour conseiller de façon avisée les clients. « Au recrutement, nous n’exigeons pas d’expérience en tant que caviste, car notre mission est aussi de former notre personnel, mais nous requérons des compétences vinicoles, diplômes ou cursus diplômants dans le vin tels que le WSET », précise Louis Gad. Au fur-et-à mesure de leur présence au sein du groupe, ces salariés sont formés chaque semaine, avec notamment un fort accent sur les spiritueux. Et cette démarche est payante sur le long terme, avec des cavistes qui restent deux ans à deux ans et demi chez Nysa, contre un an à un an et demi trois ans en arrière. A l’appui d’un marketing décontracté et décomplexé, ces vendeurs ont permis de faire tomber les dernières barrières d’intimidation, pour attirer « une clientèle urbaine, de 20 à 45 ans, à parts égales hommes et femmes. »

Ne jamais se reposer sur ses acquis

Le regard toujours loin devant, Nysa continue ses développements. En 2020, le caviste a axé ses efforts sur le digital, avec la transformation du site web vitrine en site marchand, lancé juste après le confinement, entre totalité de l’offre disponible en un clic et ventes flash sur des sélections. Cette innovation a également été accompagnée du déploiement de modalités de livraison pluriformes (service de livraison à domicile en 1h à Paris intra-muros, entre 48 et 72h partout en France, en boutique Click’n’collect en 5 à 7 jours ouvrés…)

En 2021, Nysa continue à avancer. En plus de ses ouvertures à Lyon et Londres, l’enseigne a aussi reformaté son identité visuelle dans un sens plus contemporain, pour coller au plus près à son esprit, pionnier toujours. Dévoilée en avant-première dans le flagship rue des martyrs à Paris, inauguré en avril 2021, qui ouvre le bal du relooking des boutiques, elle gagnera peu à peu l’ensemble des autres points de vente.

Et après ? « On a l’énergie et l’envie de continuer à se développer », clame de concert le duo des Louis. Outre la consolidation de l’Ile-de-France, de Lyon et Londres, « rien n’est gravé dans le marbre, c’est une question d’opportunités sur les emplacements et de partenaires de confiance, dans d’autres villes françaises ou même étrangères. » A suivre de près, donc.