(photos I. Bachelard)
(photos I. Bachelard)

Il aura suffi de quelques minutes le samedi 15 juin pour que soit anéanti par l’orage le travail de dizaines de vignerons de Savoie. L’appellation de vins blancs d’Apremont, aux portes de Chambéry est la plus durement impactée par la grêle

Ce samedi 15 juin restera marqué dans la mémoire des Savoyards. Après seulement quelques minutes de grêle, on se serait cru en plein hiver. Le sol était blanc, jonché de billes de glace, résultat d’un orage de grêle d’une rare violence. Sur un secteur de près de 200 hectares autour du village d’Apremont, au sud-est de Chambéry, les dégâts sur la vigne sont de l’ordre de 80 à 100%.

« Un orage d’une telle puissance, je n’en ai jamais vu » déclare Joël Uchet à Apremont. Il n’est plus directement concerné puisqu’il vient de prendre sa retraite, mais il qualifie cet épisode de « mitraillage » avec des grêlons qui allaient de la taille du noyau de cerise à celle de la cerise elle-même. Mais c’est la quantité de grêlons qui était le plus impressionnant : « Tout est déchiré, les feuilles, les tiges, les fleurs bien sûr, il n’y a plus rien. Les vignerons qui ont plusieurs hectares d’un seul tenant n’auront rien à vendanger ». Et une demie-récolte l’année prochaine, car le bois manquera pour tailler et avoir des rameaux porteurs de fruits.

La Cluse de Chambéry

La partie du vignoble savoyard qui a souffert est celle de la Cluse de Chambéry, à la sortie sud-est de la ville. L’appellation Apremont, qui se trouve au pied du Mont Granier est touchée sur ses trois communes, Apremont, Saint-Baldoph et Saint-Jeoire-Prieuré, ainsi qu’une partie des vignes de Chignin. On a d’abord cru que 500 hectares étaient touchés, c’est à dire près d’un quart du vignoble savoyard. Le 18 juin après visite des parcelles, le bilan est un peu moins dramatique mais reste grave : entre 200 et 400 hectares sont impactés, dont 200 à près de 100%. Le président d’Apremont, Yannick Uchet (fils de Joël) est installé à Saint-Pierre d’Albigny un peu plus à l’est. Il a la chance que son domaine est réparti sur plusieurs communes et n’a perdu « que » 40 à 50% de sa récolte. Le problème est qu’Apremont est le vin le plus emblématique de la Savoie, celui qui se boit dans l’année qui suit la récolte et qui fera le plus défaut au bord des lacs et au pied des pistes de ski.

Des conditions exceptionnelles

Pierre Vialet, président de l’Interprofession des vins de Savoie, constate les dégâts avec philosophie. Tout sera fait pour évaluer les nouveaux systèmes de protection contre la grêle, des ballons gonflés à l’hélium, qui n’ont pas fait leur preuve cette année, alors qu’ils avaient été efficaces en test l’an dernier et que certains vignobles de Bordeaux par exemple en sont plutôt satisfaits. Il est vrai que les conditions de cet épisode étaient particuliers, avec des températures anormalement élevées, jusqu’à 32° les jours précédents, qui faisaient suite à des épisodes de précipitations importantes, qui avaient rechargé les sommets de plusieurs mètres de neige.

En dehors de cette Cluse de Chambéry, le vignoble savoyard est indemne, que ce soit la Combe de Savoie (Chignin-Bergeron, Arbin), sur la route d’Albertville et des stations de ski, Marestel et Jongieux autour d’Aix-les-Bains et du lac du Bourget, les vignobles de Seyssel et Chautagne ou ceux des bords du Lac Léman comme Ripaille ou Marin. Les amateurs pourront découvrir que la Savoie donne naissance à des crus qui savent vieillir avec grâce, tels la Roussette-de-Savoie, le Chignin-Bergeron ou les rouges issus du cépage mondeuse.