À Pauillac dans le Médoc, chaque hectare qui se libère se négocie à prix d’or. Dernier exemple en date avec une transaction récemment réalisée en toute discrétion, où le prestigieux Château Latour (1er Grand Cru Classé 1855) continue de faire monter les prix.

Tout récemment, une famille de coopérateur (les Aka-Creuzin) – il en reste une petite dizaine sur Pauillac qui travaille avec la cave – s’est décidée à céder son petit vignoble. Le prix de vente avoisinait les 3 millions d’euros l’hectare mais la transaction s’est faite en deçà, de 2,2 à 2,5 millions en fonction de la parcelle. Car le petit hectare se composait de trois lots, l’un jouxtant le vignoble de Latour, un autre celui de Pichon Longueville Comtesse de Lalande et enfin le troisième caressant les vignes de Cordeillan-Bages. Le Château Latour a acheté la première parcelle et le Château Pichon Longueville Comtesse de Lalande s’est emparé des deux autres. Au final, le bout sur Cordeillan sera à nouveau cédé aux propriétaires du Château Lynch-Bages. Une logique de proximité qui n’a pas toujours été respectée ces dernières années. Petit rappel historique.

À la fin des années 1980, on se mettait la main sur la bouche lorsque le prix à l’hectare de Pauillac pouvait atteindre quelque 500 000 francs. Une folie ! Mais ça c’était avant, il y a trente ans. On parle désormais en euros… et en millions. L’arrivée de François Pinault en 1993 dans ce coin du Médoc avec l’achat du Château Latour (755 millions de francs les 90 hectares) a déclenché une première voltige. “Surtout, les règles ont changé, dès qu’une parcelle était à vendre sur l’AOC, le voisin n’était plus privilégié, le Château Latour se plaçait systématiquement”, témoigne un acteur de l’époque. Le deuxième effet catapulte date de la fin des années 2000 avec la venue de la famille Lorenzetti – le créateur de Foncia – qui s’offre le Château Pédesclaux tout en se positionnant désormais sur la moindre cession dans l’appellation. Pour cause, un Grand Cru Classé 1855 peut voir son vignoble s’agrandir sans limite si ce n’est celle de son appellation. Depuis, le moindre rang de vignes est l’objet de tous les fantasmes. La dernière acquisition d’envergure fut réalisée en 2017 par la famille Cazes, propriétaire du Château Lynch-Bages, avec l’achat du Château Haut-Batailley, autre Grand Cru Classé 1855, et sa quarantaine d’hectares (les chiffres qui circulent évoquent 2 millions d’euros l’hectare). Un coup de maître car, sans mauvais jeu de mots, du monde était sur les rangs.

3 millions d’euros l’hectare

Encore plus discrète, une autre vente du même coopérateur a aussi eu lieu dernièrement, une toute petite parcelle qui, ramenée au prix à l’hectare, a bien atteint les 3 millions d’euros. Nous ne connaissons pas le nom de l’acquéreur, sans doute un des Premiers Grand Cru Classé 1855 (Lafite-Rothschild, Mouton-Rothschild ou encore… Latour) ou pas, qui dans tous les cas n’ont aucun intérêt à ce que ce genre de montants s’ébruitent trop et arrivent aux oreilles des derniers coopérateurs…