Toute jeune marque créée en 2009 seulement, le château Fayat a connu de nombreuses évolutions au cours de la décennie passée qui lui ont permis de préciser son style et de gagner en définition.

Quand on voit tous les projets que les équipes du château Fayat ont menés depuis une dizaine d’années et ceux encore en cours, on ne peut qu’être admiratif de la volonté sans faille de donner toutes ses lettres de noblesse à ce nouveau venu du Pomerolais. La famille Fayat (à la tête de l’un des plus grands groupes de construction français) est ancrée depuis 1969 dans le vignoble avec le château La Dominique à Saint-Emilion. On la retrouve également rive gauche avec le château Clément Pichon. Le château Fayat fait donc office de dernier né, issu en 2008 de la réunification de 3 propriétés qui avaient été acquises entre 1983 et 2006. La marque château Fayat a été lancée sur le millésime 2009. A l’époque, un travail de cartographie précis des terroirs va être mené afin de pouvoir orienter la réorganisation du vignoble. Ce dernier était alors constitué d’une part de très vieillies vignes datant de 1902 qui n’étaient plus très productives. Ajoutez à cela que la densité de plantation était de 5500 pieds à l’hectare, très insuffisant pour pouvoir limiter la production de chaque cep et en obtenir ainsi la quintessence. Un grand chantier d’arrachage a donc été conduit pour reconstituer une partie des 14 hectares répartis sur 32 parcelles différentes et 6 types de sols. Adoption d’une haute densité de plantation (9000 pieds/ha), réflexion globale sur la qualité des porte-greffes qui étaient utilisés sur les merlots avec recours à de nouveaux types pour une meilleure adéquation au terroir, renforcement du cabernet franc depuis 5 ans avec du matériel végétal issu de sélection massale (historiquement, on en trouvait sur la propriété mais leur qualité n’était pas satisfaisante) et introduction cabernet sauvignon sur des sols de graves rappelant étrangement ceux de Léognan…

Une attention à tous les niveaux

La proportion de cabernet franc va croissante à l’instar de ce qui s’observe beaucoup dans cette partie de la rive droite. Comme le rappelle Emeric Bossuet, le Directeur d’exploitation du château, « ce cépage apporte une vraie signature en allongeant notamment les vins ». A terme, il devrait représenter 12% de l’encépagement quand le cabernet sauvignon sera porté pour sa part à 4%. Outre ces évolutions fondamentales à la vigne, des expérimentations nombreuses sont réalisées pour l’élevage des vins. Et si le grand vin (60% de la production) est encore élevé à 80% dans du bois (neuf pour la moitié et le reste en barriques d’un vin), ce dernier passe également en amphores qui vont exprimer davantage de minéralité dans les vins. Et puis, de manière plus marginale, une part du vin est élevé en wineglobes, ces contenants en verre inertes, et donc en milieu réducteur, qui permettent d’obtenir un fruité particulièrement ciselé et précis. Des flextanks sont aussi testés. Ces sortes d’œufs en polymères végétaux reproduisent la micro-oxygénation apportée par une barrique mais évidemment sans apporter aucun goût de bois à l’ensemble. A la dégustation, l’évolution du style des vins est parfaitement perceptible. En 11 millésimes, ceux-ci se sont densifiés avec des milieux de bouche beaucoup plus pleins, denses avec un surcroît de complexité aromatique et de velouté de matière. Les vins sont plus aboutis et cohérents. 2015 joue ainsi sur une puissance encore fougueuse quand 2016 tire davantage vers une élégance subtilement acidulée. 2019 est d’un équilibre superbe, bâti pour une très belle garde. Mais c’est peut-être 2018 qui impressionne le plus avec un velouté délicieux, une matière dense mais sensuelle et un fruité vibrant. Un écho au 2012 qui, sans avoir son étoffe, offre un actuellement un plaisir immense de dégustation articulé autour de tanins suaves, de fines notes tubéreuses et d’un éclat évident.

Un vrai renouveau donc pour ce vignoble majoritairement urbain, entre Libourne et Pomerol comme le rappelle la toute nouvelle étiquette adoptée pour le millésime 2019. Celle-ci figure aussi un oiseau, symbole de toutes les actions à destination de la protection de la biodiversité qui sont menées : plantation d’arbres fruitiers, installation de nichoirs, enherbement et protection d’une colonie de chauve-souris.

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Jean-Michel Brouard

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