Ne comptez pas sur Jean-Louis Triaud, le propriétaire du château Saint-Pierre, 4ème cru classé en 1855 (Saint-Julien), pour se laisser démobiliser par les critiques qui, bien avant cette campagne des primeurs, ont envoyé par le fond ce 2013.

Présent à Lagrange ce mardi, où il fait déguster ses vins, il a défendu ce millésime : « C’est une année dont on a parlé trop vite. Les gens ont confondu printemps pluvieux et qualité finale. » « Pour nous, poursuit-il, ce printemps pluvieux, n’a eu qu’un effet : limiter le volume de la récolte. Heureusement, on a eu un été favorable. Mais c’est vrai qu’il a fallu être très présent dans la vigne pour arriver à une maturité maximum. »

La qualité est au rendez-vous

Il n’empêche à ses yeux, le résultat est « satisfaisant ». « Les gens sont très difficiles, ils voudraient du 2009 et du 2010 tous les ans, mais chez nous, on a juste corrigé la richesse en sucre par concentration. En chai, on avait une moyenne naturelle, tous cépages confondus, de 12, 2. Moi qui ai vu des cabernet ramassés à moins de 10 et parfois à moins de 9 dans le début des années soixante-dix, de quoi se plaint-on ? »

Qu’importe donc le discours ambiant, Jean-Louis Triaud l’affirme : « La qualité est au rendez-vous. Il faut arrêter de dire le contraire parce que ça en arrange certains. Oui, ce n’est pas 2009 ou 2010, mais il y a quelques années, ce 2013 aurait été un grand millésime dans l’esprit des gens. »

La question du prix

On l’a compris, pour Jean-Louis Triaud, il n’y a pas à avoir honte de ce 2013. Le président des Girondins de Bordeaux n’ignore cependant pas les recommandations de Patrick Bernard, le directeur de Millésima. Lequel a demandé aux producteurs, avant que ne débutent ces primeurs, à « baisser les prix ». « Il est dans son rôle, sourit Jean-Louis Triaud. Et le jour où un négociant me dira que je n’ai pas vendu assez cher, je tomberai en dépression… »

« Mais, ajoute-t-il, quand on parle de nos prix, j’aimerais voir ceux de certains de nos concurrents étrangers que je trouve moins bons et qui se vendent plus chers que nous et en tout cas plus cher que Saint-Pierre et Gloria. Donc il faut arrêter de pleurer sur les prix de Bordeaux. »

Dès lors, baissera-t-il le prix du 2O13 de Saint-Pierre ? « Je vais en réserver la primeur aux négociants. Ma religion est faite mais après on est bien obligé de considérer aussi ce que sera le dynamisme du marché. Notre objectif n’est pas de mettre le négoce en difficulté mais de travailler ensemble. C’est compliqué pour eux, mais c’est aussi compliqué pour nous. Encore une fois, la qualité est là. Il n’y a donc pas de raison d’être défaitiste et de le brader. »

Jean-Louis Triaud se contenterait-il volontiers d’un petit 1 à 0, voire d’un match nul ?

Jefferson Desport