C’est le premier des Premiers Grands Crus Classés 1855 à sortir en primeurs. Le château Lafite-Rothschild est mis en marché au prix de 396 € négociant, soit environ 475 € HT prix consommateur. Une baisse d’environ 16% par rapport au millésime 2018. Le point avec Jean-Guillaume Prats, Directeur Général de Domaines Barons de Rothschild (DBR).

Ce matin, alors que se déroulait la dégustation des primeurs 2019* organisée par l’Union des Grands Crus de Bordeaux (UGCB), la nouvelle est tombée : Lafite-Rothschild a été le premier des « Premiers » à sortir sur le marché. Signal fort pour la place de Bordeaux, d’autant que, fait rarissime, Domaines Barons de Rothschild (DBR) soumettaient dans le même temps leurs vins – Lafite, Duhart-Milon et L’Evangile – aux professionnels dans le cadre de l’Union. Cela dénote d’un certain sens du tempo. C’est, en substance, ce que nous explique Jean-Guillaume Prats, Directeur Général de DBR, contacté par la rédaction de Terre de Vins : « nous avons conscience de la cause commune de la place de Bordeaux. La période que nous traversons est une période de crise, nous avons souhaité présenter en même temps nos vins avec l’Union et les mettre en marché ». Peu importe en substance d’être le premier des « grands » à dégainer, l’important pour Jean-Guillaume Prats est « d’être dans le bon timing ».

Présenter les vins avec l’UGCB, c’est aussi une façon de miser sur la force du négoce bordelais et des prescripteurs locaux alors que les perspectives internationales sont pour le moins troublées : « cette situation rend la puissance de la prescription aux Bordelais, qu’ils soient négociants ou journalistes », explique Jean-Guillaume Prats. « Bien sûr nous comptons sur le négoce, c’est un soutien fondamental et un élément clé de la résilience de Bordeaux. A voir la façon dont cette campagne s’annonce, je suis rassuré par les fondamentaux de Bordeaux : nous avons la capacité à bien mener cette campagne primeurs, malgré le contexte international troublé ».

Mais alors, quid du prix, le nerf de la guerre ? Lafite-Rothschild sort à 396 € prix négociant, soit environ 475 € HT pour le consommateur. Cela équivaut à une baisse de près de 16% par rapport à la sortie du millésime 2018. Alors que les sorties récentes des crus classés médocains se situent surtout entre -30% et -20%… « Nos vins en 2019 sortent à des prix qui les situent à peu près parmi les millésimes disponibles les moins chers », explique Jean-Guillaume Prats. « Si un consommateur veut acheter du Lafite, il trouvera aujourd’hui en livrable des vins à ce prix, sur des millésimes ‘intermédiaires’. Nous sommes en-dessous des prix du 2009, du 2010, du 2016, du 2018, plutôt autour des prix de millésimes comme 2011 ou du 2012 ». Est-ce à dire que Lafite 2019 est un achat good value pour les amateurs ? « Ce n’est pas à moi de dire ce qui est good value, mais ce qui est certain c’est qu’avec une sortie de Lafite à ce prix, l’amateur peut se dire qu’il n’a pas beaucoup d’autres options » répond Jean-Guillaume Prats.

Toujours à prix consommateurs, le second vin, Carruades de Lafite, est annoncé à 175 € HT, Château Duhart-Milon (4ème Grand Cru Classé, Pauillac) à 58 € HT et Château L’Evangile (Pomerol) à 162 € HT.

EXCLUSIF – note et commentaire de Terre de Vins

Château Lafite Rothschild – 1er Grand Cru Classé 1855 – Pauillac
98-99

Un nez profond, dense, racé, qui laisse deviner d’emblée une puissance terrienne, racinaire. L’aération déploie une complexité aromatique où les effluves de cassis se marient au cèdre, au graphite, au tabac blond et au menthol. On est bien dans l’univers Lafite, on est bien au pays des très grands vins. La bouche est d’une étourdissante précision, au grain de tannin près. Elle se déroule par vagues successives : d’abord le fruit, mûr à point, juteux, puis une trame tannique ferme et sensuelle, et une acidité remarquable qui propulse l’ensemble, électrise la bouche et provoque une grande salivation. La finale, très fraîche, est bien celle d’un médoc éternel.

Château Duhart-Milon – 4ème Grand Cru Classé 1855 – Pauillac
95-96

Nez dense et intense, parfaitement mûr, traversé par une touche de ronce et de cèdre. Puissance contenue. La bouche est nette, très droite, la matière se déploie lentement, en finesse, sur un profil velouté et caressant, onctueux, élancé, désaltérant. Beaucoup de précision dans la texture, du soyeux dans les tannins. ON sent la structure du cabernet et son identité aromatique, mais tout est construit en finesse autour de cette colonne vertébrale. Beaucoup d’allonge. Un fort beau pauillac.

Château L’Evangile – Pomerol
95

D’emblée, le nez nous invite dans un océan de fruit noir très mûr, dense, intense, capiteux. Le profil solaire du millésime explose sans détour. La bouche est construite sur une matière très opulente, c’est un pomerol charnu, onctueux, crémeux, puissant et tapissant. Beaucoup de caractère et de générosité, une aromatique sur la mûre chaude et la réglisse, une finale finement poivrée. À noter : un joli second vin, « Blason de l’Evangile », 100% merlot, sur un registre plus souple et immédiatement accessible, un très joli pomerol qui sera fort agréable à boire à table, même en pleine jeunesse.


EN BONUS
“Un dossier spécial
Terre de vins”

Pendant cette période de confinement, “Terre de vins” a mené, comme promis, “sa” campagne primeurs. Près de 400 propriétés ont été dégustées au cours d’un marathon express qui prend fin ce mercredi avec les Grands crus classés de Saint-Emilion. “L’adhésion des propriétés à ce projet a été considérable, confie Rodolphe Wartel, directeur du magazine. C’est aussi le signe, pour ces propriétaires, que la vie ne doit pas s’arrêter, qu’ils ont envie de prendre une part de voix et qu’ils sont fiers du millésime 2019”. Ces dégustations se sont faites à huis clos dans des propriétés-relais qui ont, avec une bienveillance que nous remercions à nouveau, accepté le dépôt de dizaines d’échantillons.
Nos abonnés découvriront dès la semaine du 8 juin un numéro collector où près de 400 grands vins de Bordeaux auront été dégustés, sous la direction de Sylvie Tonnaire, rédacteur de chef et Mathieu Doumenge, rédacteur en chef adjoint. Un numéro qu’aucun autre magazine au monde n’aura réalisé, dans ces conditions si singulières et… historiques.