(photo François Poncet)
(photo François Poncet)

Depuis son rachat en 2015, ce célèbre château a ouvert une nouvelle page de son histoire sans pour autant tout révolutionner. Les fondamentaux sont restés mais de nouvelles impulsions laissent présager d’un avenir radieux.

Voici une propriété réputée depuis fort longtemps pour l’exceptionnelle qualité de son terroir. Le vignoble est implanté sur une magnifique croupe située sur la commune de Bommes, dans le cœur du Sauternais. Ses origines remontent à plusieurs siècles. Si le domaine a été fondé au début du XVIIème siècle, les bâtiments présentent des pierres datées de 1575. La famille de Pontac a marqué le domaine de son empreinte au XIXème siècle (elle était propriétaire en 1855 lorsque le château a été classé 1er Grand Cru Classé de Sauternes) avant que les lieux ne connaissent une histoire plus mouvementée au siècle suivant. Après de longues années dans le giron du groupe Crédit Agricole, c’est finalement le groupe Trésor du Patrimoine qui l’a racheté en 2015. Dirigé par Derek Smith, ce géant français de la vente par correspondance qui possède notamment l’Homme Moderne dispose d’un pôle « alimentaire et vins ». Celui-ci se compose de marques proposant des produits gastronomiques, comme Léon Fargues ou bien encore Traditions du Périgord qui est orienté sur les délices du Sud-Ouest. « Le groupe crédit Agricole nous avait accompagné pour le rachat de Traditions du Périgord. Ils savaient donc que nous étions devenus, notamment, des vendeurs de foie gras. Alors lorsqu’ils ont décidé de vendre Rayne Vigneau, ils se sont naturellement rapprochés de nous pensant que cela pourrait nous intéresser », explique M. Smith. « Depuis le début de cette aventure, je souhaite ardemment maintenir l’identité de Sauternes et lui rendre hommage », poursuit-il. S’il y a donc eu des investissements entrepris dans le matériel de production qui était vieillissant mais aussi au niveau des capacités d’accueil œnotouristique, l’essence même des vins n’a pas changé.

Des vins racés, en liquoreux comme en sec

Les équipes qui étaient déjà présentes, notamment Vincent Labergère qui est le Directeur actuel, sont encore là. Il y a donc une véritable continuité. Point de révolution au château mais l’envie sincère de faire rayonner un cru au formidable potentiel. La plus grande part de la production (environ 100 000 bouteilles) continuera à être constituée de vins liquoreux car « le terroir est fait pour produire ces vins d’exception » s’enthousiasme Derek Smith. « Pour autant, le sec de Rayne Vigneau qui est produit ici depuis une quinzaine d’années donne des résultats admirables. Nous allons donc maintenir sa production, autour de 35 000 bouteilles annuellement, comme un élément complémentaire très intéressant de notre gamme ». Il est vrai que la qualité des liquoreux de Rayne Vigneau n’est plus à démontrer. Le 2010 (80% sémillon et 20% sauvignon blanc) présente actuellement un très bel équilibre entre fine sucrosité et acidité ainsi qu’une complexité aromatique toute d’écorces d’agrumes, d’épices, de notes noisettées enveloppées d’élégants amers. Quant au sec 2012, un 100% sauvignon issu des parcelles argileuses sur un sous-sol calcaire méticuleusement sélectionnées, il confirme toute la capacité d’un grand terroir à produire des vins élégants, au profil finement exotique et d’une notable fraîcheur minérale en bouche. A 15,90€ la bouteille, c’est une belle découverte à faire. Et si la longévité de ces secs n’égalera évidemment pas celle, immense, des liquoreux, elle risque fort d’en impressionner plus d’un et de donner un regard différent sur ces vins méconnus de Bordeaux.