Ce mercredi 7 avril, le Club des Trophées de l’Œnotourisme organisait un débat retransmis en téléconférence sur le thème « Œnotourisme : le COVID agitateur d’idées. Ils sont prêts pour la relance ». Le débat se déroulait au château Le Sartre, en appellation Pessac-Léognan, et était animé par Rodolphe Wartel, directeur général de Terre de Vins.

La crise sanitaire a fortement impacté l’activité œnotouristique, obligeant les acteurs du secteur à être créatifs et à inventer des solutions pour compenser la baisse de fréquentation. Trois témoins ont apporté leur retour d’expériences sur l’adaptation, souvent ingénieuse, à laquelle ils ont dû se plier : M. Sébastien Labat (Bernard Magrez Grands Vignobles, au titre notamment de l’incubateur de start-up du vin hébergé au château Le Sartre) et M. Stéphane Tillement (Wine Paths), tous deux présents au château le Sartre et auxquels s’est jointe Mme Caro Feely (château Feely à Saussignac en Bergeracois – Grand prix d’or 2019, catégorie Pédagogie et Valorisation de l’environnement), qui intervenait depuis la Dordogne. Une trentaine de participants s’étaient connectés afin d’entendre leurs témoignages et poser leurs questions.

Une digitalisation de l’œnotourisme

Petite propriété en biodynamie, Caro Feely du château Feely a fait évoluer avec ingéniosité son offre œnotouristique « en essayant d’être pédagogique ». Si la digitalisation du parcours au sein de la propriété existait déjà avant la crise sanitaire grâce à des pod animés par QR codes, c’est la création « d’évènement virtuels » qui constituait la nouveauté de ces derniers mois : une soirée rosé par exemple, mais aussi des formations. « Nous avons une large gamme de vins ce qui nous donne l’opportunité de former les gens sur différents styles. Tout en anglais. 8 modules, pour une douzaine de vins. »

Stéphane Tillement a créé lui il y a cinq ans Wine Paths, un site qui crée sur mesures des voyages au sein des vignobles et châteaux prestigieux. L’objectif est de « mieux faire connaître les activités œnotouristiques des propriétés viticoles haut de gamme ». Le site concentre ce qui se fait de mieux dans les régions viticoles pour les proposer aux clients voyageurs : châteaux, agences réceptives, hébergement. En tout 200 propriétés et distilleries à travers le monde. « La clientèle est éclectique grâce à internet :  50 % viennent des États-Unis et du Royaume Uni. À la sortie du premier confinement, on a proposé à nos partenaires de les mettre en avant sur Facebook. On a 5 000 followers pour chaque évènement. Depuis, nos châteaux-clients souhaitent faire des lives sur leurs propriétés. On envoie des bouteilles et on organise la visite virtuelle du château qui finit par la dégustation commentée. » Et depuis un an, « on a 200 000 clients potentiels qui nous ont suivis. Cela a donné envie à nos clients d’aller visiter les propriétés. » Et sur l’apprentissage et le coût de ce virage numérique ? « On a appris les lives et les problèmes de wi-fi, on a démarré avec un téléphone. Il y a eu zéro investissement : ça a fait vibrer mes collaboratrices d’avoir fait tout cela. »

Une nouvelle clientèle

Une méthode qu’a développée également Bernard Magrez, propriétaire de 42 châteaux dans 9 pays, avec le château Pape Clément et que Sébastien Labat nous décrit : grâce à nos Facebook lives, au cours desquels on commente deux vins expédiés préalablement aux clients, on a capté une nouvelle clientèle. » Quant à l’incubateur de start-up du vin au château Le Sartre, Sébastien Labat raconte l’aventure des 31 candidats sélectionnés. « Le château le Sartre a été acheté en 2017. À partir de mars 2020, décision a été prise de transformer le château en incubateur de start-up : des sociétés dont l’activité est basée sur l’œnotourisme. » Par exemple « l’agence française de réalité virtuelle a créé une visite virtuelle à 360° du château Pape Clément. L’intérêt pour pape Clément est réel, mais le win-win est orienté vers l’aide aux entrepreneurs. C’est une action de mécénat très forte. »

Des initiatives durables ?

Stéphane Tillement souhaite conserver ces lives : « Il y aura une queue de comète. » Caro Feely ne doute pas : « Que va-t-il se passer à partir de mai ? Nous avons l’esprit pour continuer. Tout cela nous a permis de garder le moral et des choses vont continuer. Développer la partie virtuelle, c’est un investissement assez important en temps, mais le confinement nous a donné ce temps. On a pris un contrat Zoom (outil de téléconférences, ndlr) pour les évènements : ce sont quelques investissements qui ont été récompensés. On doit maintenant acheter un iPhone pour la qualité de la vidéo. » Sébastien Labat est optimiste lui aussi : « On a vu se créer des synergies dans les start-up liées à l’œnotourisme. » Des synergies dont les effets vont durer.
L’optimisme se ressentait dans les paroles de chacun et Rodolphe Wartel a conclu la séance en rappelant que, le 3 juin, se déroulera la remise des Trophées de l’Œnotourisme 2021 à la Cité du Vin à Bordeaux. L’occasion d’enrichir encore une fois la capitalisation d’expériences.