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Bernard Magrez accueille des start-up du vin à Léognan

Auteur

Audrey
Marret

Date

15.01.2021

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L’homme d’affaires a lancé un incubateur pour start-up du vin et de l’œnotourisme au Château Le Sartre, dans le vignoble bordelais. Il a rencontré la première promotion d’entreprises, ce mois de janvier.

A Léognan, à une demi-heure de Bordeaux, vingt-cinq jeunes pousses ont pris leur marque dans le tout nouvel open space du Château Le Sartre. Ces start-up du monde du vin, dont une basée à New York et l’autre en République Tchèque, ont été sélectionnées pour bénéficier d’un des trois programmes d’accompagnement de l’incubateur créé par Bernard Magrez (qui peut proposer jusqu’à trente-six mois de suivi).
On trouve pêle-mêle, parmi ces graines prometteuses, des solutions pour le réemploi des bouteilles de vin (Luz Environnement), le marketing avec réalité augmentée sur les étiquettes (Lux Lingua, Smart Bottle), la livraison à l’international (Pelican Air Services). Ou encore, au niveau viticole, des innovations techniques dans la tonnellerie (Bio Oak), les intrants (Bioboon Agrology), pour la protection de la vigne contre le gel (Wine Protect) et les accidents climatiques (Viti-Tunnel).

Discours de battant

Certaines entreprises, qui ont déjà fait leur preuve, sont en phase de développement, comme D-Vine qui permet le service de vin au verre ou Winalist, plateforme leader en France de réservations pour l’œnotourisme, aussi partenaire de Terre de vins.
Pour l’heure, devant ces jeunes pousses réunies au Château Le Sartre, Bernard Magrez s’est livré avec délectation à un exercice de prise de parole et de questions réponses lors d’une rencontre inaugurale ce jeudi 14 janvier. Un discours de battant aux punchlines bien trempées qui confirme, s’il le fallait, que l’homme d’affaires, à 84 ans, n’a rien perdu de sa poigne de fer.
« Je suis parti de rien », rappelle Bernard Magrez, qui revient sur le souvenir de l’écriteau que son père lui accrochait dans le dos, avec le mot « fainéant », lorsqu’il allait à l’école. Ça a été, confie le magnat, une partie du moteur qui l’a fait avancer. « Et puis, j’avais faim. J’aurais tout bouffé pour m’en sortir. »

Un nom et une marque

Titulaire d’un diplôme professionnel de scieur de bois, passé à Luchon en compagnie d’un certain François Pinault, Bernard Magrez devient importateur de porto, et se lance en faisant affaire avec les premiers supermarchés. Il crée alors une série de marques qui feront sa fortune : le porto Williams Pitters, le scotch William Peel, le vin Malesan, la téquila San Jose…
C’est désormais son propre nom, accompagné de deux clés d’or, qui orne les bouteilles de quarante-deux vignobles à travers le monde, dont quatre crus classé dans le Bordelais (le Château Pape Clément en appellation Pessac-Léognan, le Château La Tour Carnet en Médoc, le Clos Haut-Peyraguey en Sauternes et le Château Fombrauge à Saint-Emilion). Et Bernard Magrez n’a de cesse de rendre cette signature toujours plus attrayante. L’insatiable s’est même lancé dans la bière artisanale en fin d’année 2020.

« Je ne suis pas vigneron, je suis vendeur »

« Je ne suis pas un vigneron, assume-t-il sans ambages, je suis un vendeur et j’essaie de comprendre les consommateurs. A mon âge, je suis encore des séminaires pour apprendre », confie l’homme d’affaires, qui regrette de ne pas avoir eu le digital à ses débuts. Mécène (avec son institut culturel, au Château Labottière à Bordeaux), Bernard Magrez garde « la passion de réussir » chevillée au corps. Et ce champion du mix marketing, fait d’un acier d’une autre époque, compte tout faire pour mener vers le succès un maximum de start-up de son incubateur.
Les mains se lèvent dans l’assistance, le magnat répond du tac au tac, avec une impitoyable lucidité et un humour tranchant. Une clé pour réussir ? « La force de l’entreprise, c’est la vente, la vente, la vente. » Ses plus gros échecs ? Une incursion dans le jus de fruit, à la fin des années 90 et surtout, des erreurs dans le recrutement de ses collaborateurs. Comment arbitre-t-il entre des situations où il faut s’obstiner et d’autres où il faut s’adapter ? « Si je renonce, j’ai honte de moi, monsieur. » Quand s’arrêtera-t-il ? « J’irai jusqu’au bout. Je rêve de crever dans mon bureau. » Qui va reprendre son œuvre ? « Je n’ai pas la réponse pour l’instant, mais je m’en fous ! » Et qu’est-ce qui lui manque, et qu’il aurait envie d’acquérir dans les années à venir ? La réponse vient là aussi sans hésitation : « La tempérance, madame. »

Bordeaux manque de créativité, selon Bernard Magrez

Cette intervention, au Château Le Sartre, a aussi été l’occasion de revenir sur la crise commerciale qui secoue les vins de Bordeaux. Bernard Magrez pointe un manque de créativité et de dynamisme. « A travers tout le monde, j’entends dire que Bordeaux n’a pas bougé tandis que la ligne concurrentielle évolue. » « Dans certaines entreprises, ajoute l’homme d’affaires, c’est la troisième ou quatrième génération [qui dirige], et les gens sont usés. Ils vivent sur un passé et ne se rendent pas comptent qu’ils périclitent… Je ne dis pas que j’ai raison, mais c’est ce que je constate », conclut Bernard Magrez.