Après avoir obtenu un arbitrage favorable auprès du tribunal administratif de Bordeaux dans un litige avec l’INAO autour de la candidature du château Tour Saint-Christophe au prochain classement de Saint-Émilion, les Vignobles K, propriétaires du domaine, ont voulu apporter leur version des faits.

Il y a quelques semaines, nos confrères de Vitisphère se faisaient l’écho de démarches entamées auprès du tribunal administratif de Bordeaux par deux propriétés candidates au classement 2022 de Saint-Émilion, les châteaux Tour Saint-Christophe et Croix de Labrie. Le motif annoncé de cette procédure : une contestation de la décision de l’INAO d’écarter les deux propriétés concernées pour cause d’évolution de l’assiette foncière. Finalement, le tribunal administratif a penché en faveur des deux plaignants, leur permettant de rester dans la course au classement. Ce soubresaut judiciaire est venu faire planer de nouvelles interrogations sur ce prochain classement, qui doit voir le jour en septembre et qui se voit déjà très chahuté. Quelques jours plus tard, le château Angelus, Premier Grand Cru Classé ‘A’, annonçait son intention de se retirer du classement, avançant notamment : « Les enjeux qu’il porte en son sein ont valu à ce classement de nombreuses critiques, et en ont fait la cible d’un système de dénigrement ayant culminé avec de nombreux recours en justice. En 2006 bien sûr, mais aussi en 2012 (des procédures sont toujours en cours presque 10 ans plus tard), et nous venons d’apprendre que le classement de 2022, en cours d’élaboration, est attaqué en référé devant les tribunaux par deux propriétés. »

Dans un communiqué, les Vignobles K, propriétaires du château Tour Saint-Christophe, ont tenu à rétablir quelques vérités en donnant leur version des faits, par la voix de leur Directeur général Jean-Christophe Meyrou : « La presse s’est fait l’écho depuis quelques jours d’une prétendue attaque contre le classement 2022 de Saint‐Emilion par le Château Tour Saint Christophe. Ce malentendu rendait nécessaire que nous y apportions un rectificatif dépourvu de toute ambiguïté. Qu’il soit bien clair que le Château Tour Saint Christophe n’a jamais eu l’intention d’attaquer le classement en cours. »

« Incongru de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. »

Le communiqué apporte les précisions suivantes : « Sans qu’il soit besoin de rentrer dans les détails de notre dossier, un courrier de l’INAO nous informait en septembre dernier que le château Tour Saint Christophe ne pouvait candidater au classement pour non‐respect d’un point technique précis : la production de premier vin sur dix années était jugée inférieure à 50% de notre production totale (article 4 du règlement). »

« Or les chiffres du domaine basés sur les déclarations annuelles montraient bien une production en moyenne largement supérieure à 50% sur cette période de dix ans. »

« Nous n’avons fait que suivre la procédure administrative indiquée par l’INAO, à savoir la contestation de la décision devant le tribunal administratif de Bordeaux. »

« Compte tenu de l’urgence, une audience s’est donc tenue devant le tribunal administratif de Bordeaux au cours de laquelle l’INAO et Château Tour Saint Christophe ont pu exposer leurs arguments devant le juge. Il est remarquable de constater que ces échanges, loin d’être une guerre de tranchée, furent constructifs et apaisés. »

« Le juge des référés a tranché en notre faveur dans une ordonnance en date du 24 décembre dernier demandant à l’INAO de nous permettre de candidater. Contrairement à ce qui a pu être laissé entendre, cette démarche n’était pas non plus une attaque contre l’INAO, qui a fait son travail et qui a toujours été disponible pour répondre à nos questions, mais bien l’unique solution pour Château Tour Saint Christophe de faire valoir son bon droit. »

« Enfin nous tenons à apporter une dernière précision. En tant que propriétaire du Château Bellefont‐Belcier, nous sommes totalement engagés dans ce formidable outil d’émulation collective qu’est le classement. Il eut été complètement incongru de scier la branche sur laquelle nous sommes assis. »

De son côté, le château Croix de Labrie n’a pas souhaité donner de commentaires sur sa propre situation. Il peut en tout cas être permis de croire que cette mise au point apaisera les esprits du côté de Saint-Émilion et permettra de débloquer quelques situations litigieuses dans la perspective du classement. En attendant sa divulgation dans huit mois.