Chaque millésime depuis 2005, Philippe Raoux, propriétaire du château d’Arsac (Margaux), invite un “winemaker” différent pour conduire les vendanges sur une parcelle d’une dizaine d’hectares. Cette année, il a confié les rênes à une vinificatrice zouloue, Ntsiki Biyela.

Une terre, une vigne, une personne. « L’idée est de démontrer que, parmi ces trois éléments indispensables à l’élaboration d’un vin, celui qui prévaut est le troisième. »

Philippe Raoux sourit. Depuis 2005, il invite chaque année un vinificateur différent à prendre ses quartiers sur son vignoble, le Château d’Arsac. Et lui confie une carte blanche. Sa mission : choisir ses parcelles de vignes dans la propriété, mener les vendanges, conduire la vinification, l’assemblage et le vieillissement du vin, jusqu’à donner naissance à sa propre cuvée.

Sélectionnés parmi des professionnels de réputation internationale, sept vinificateurs ont ainsi fait « leur » vin à partir d’un même matériau. Et séjourné sept ou huit fois sur le domaine le temps d’une aventure cousine, dans sa modalité, d’une résidence d’artiste.

Tous les créateurs de vins invités se sont vu affubler d’un surnom. Michel Rolland, alias « Le magicien », a inauguré la série en 2005, suivi par un autre Français, Denis Dubourdieu, « Le professeur ». Ont ensuite exercé leurs talents « Le poète » italien Andrea Franchetti, les Français Stéphane Derenoncourt (« L’autodidacte ») et Éric Boissenot (« Le Médocain »), la Californienne Zelma Long (« La scientifique ») et « La virtuose » d’Argentine, Susana Balbo.

Chacun a travaillé une dizaine d’hectares pour produire une cuvée de quelque 30 000 bouteilles. « Les résultats sont étonnants, s’enthousiasme Philippe Raoux. C’est comme si nous demandions à des musiciens d’univers différents d’interpréter la même partition. Nous pouvons aujourd’hui comparer les cuvées et lire dans chacune la très forte personnalité de ces “winemakers”. »

« Cette expérience accroît aussi notre ouverture d’esprit ; chacun des vinificateurs invités formulant des requêtes précises pour travailler à sa manière », poursuit-il. Certains ont demandé que les barriques soient placées en extérieur la journée et rentrées le soir. Pour d’autres, il a fallu tout écharder, ou désailer les grappes pour ne garder que les raisins attachés à la tige principale…

Imaginé avec Jean-François Moueix et Dominique Renard mais finalement développé seul par Philippe Raoux, le concept est unique. Baptisée « The Winemakers’ Collection », l’opération est déclinée commercialement avec une imagerie empruntée au cinéma. L’étiquette de chaque cuvée présente le portrait noir et blanc de son vinificateur, comme une affiche de film. Vendu entre 300 et 350 euros, le coffret qui renferme les six premiers volumes de la collection s’habille d’un décor en pop-up très Hollywood, avec projecteurs et fauteuil pliable de producteur…

Cet automne, la vinificatrice zouloue Ntsiki Biyela viendra d’Afrique du Sud pour produire la huitième cuvée, rebaptisée « Saison 8 » sur le modèle des séries TV américaines. Un coffret réunissant la production des quatre premières femmes invitées est déjà programmé. Et comme ses prédécesseurs, Ntsiki Biyela verra son nom gravé sur une plaque de bronze intégrée dans le sol du chai : le « Winemakers Boulevard ».

Stéphane C. Jonathan (source)