Luc Planty (photo M. Boudot)
Luc Planty (photo M. Boudot)

A l’occasion de la mise en marché du millésime 2019 du G de Château Guiraud, le bordeaux blanc sec du domaine, le premier grand cru classé de Sauternes confirme son projet de passer en biodynamie, dans une démarche globale de permaculture.

“On peut dire qu’on est un vignoble expérimental”. Au Château Guiraud, Luc Planty parle désormais de “permaculture”. Arrivé à la direction du premier grand cru classé de Sauternes le 1er janvier 2019, Luc Planty reprend la voie tracée par son père, Xavier Planty, gérant depuis 1986 et copropriétaire du domaine depuis 2006. En matière de pratiques environnementales, le Château Guiraud s’avère pionnier dans l’appellation Sauternes : viticulture biologique amorcée dès 1996, création d’un conservatoire des cépages blancs (avec plus de 140 souches de sauvignon et sémillon) en 2001, certification bio en 2011, plantation de 16 km de haies… Le domaine envisage de mener ses vignes en biodynamie, mais avec une approche plus complète.

Comment s’est déroulée la conversion à la viticulture biologique au Château Guiraud ?
Guiraud a commencé le bio en 1996. Il y a 110 hectares de vignes et nous avons commencé avec 12 hectares. En 2006, 100% de la propriété était menée en bio. Nous avons lancé la certification en 2007 pour l’obtenir en 2011. Mais nous n’avons pas fait que du bio. Le bio est une volonté de moyens : c’est un cahier des charges à cocher. Nous, nous avons rajouté beaucoup plus de choses : la diversité génétique de la vigne avec notre conservatoire des cépages, et la biodiversité dans le vignoble au regard des plantes, des insectes, pour recréer un écosystème et un milieu stable.

Et la biodynamie ? Est-ce une prochaine étape ?
Nous avons appris beaucoup de chose avec la biodynamie. Nous ne sommes pas certifiés, mais on va y aller. Guiraud a déjà des parcelles menées en biodynamie. Mais la biodynamie ne concerne que le traitement et la gestion de la vigne : elle n’intègre pas la gestion de l’environnement et de l’écosystème.

Vous êtes dans une approche plus globale ?
Nous sommes dans la permaculture : nous voulons réintégrer l’exploitation dans son milieu naturel pour limiter ses impacts. Au lieu de protéger une seule espèce végétale, la vigne, nous voulons être sûrs que les autres espèces végétales ont aussi leur place, pour assurer la diversité génétique qui évite de favoriser une seule maladie, et les habitats, la nourriture propices à la biodiversité.

Comment cette approche se traduit-elle dans vos pratiques viticoles ?
A partir des années 96, nous avons utilisé des composts liquides pour relancer la vie microbienne des sols. Nous avons arrêté les labours, arrêté de tout arracher dès qu’il y avait un brin d’herbe. Nous nous sommes rendu compte que c’est la vie microbienne des sols qui amène une bonne alimentation de la vigne. Des études montrent que la vigne est capable d’ingérer des composés construits et sophistiqués comme des acides aminés ou des chaînes protéiques qui lui sont transmises par les mycorhizes dans le sol.

Et concernant les maladies ?
On arrive à les soigner avec moins de produit. Mais nous n’avons pas d’idées figées. Peut-être que nous allons droit dans le mur ! Ce que nous cherchons, c’est une remise en question pour avancer. Nous considérons que ce qui est proposé par la volonté commune à Bordeaux n’est pas la solution. Il faut se remettre à réfléchir : dans beaucoup de propriétés, ce sont les consultants en phytosanitaires qui font le programme de traitement. Parce que c’est un risque zéro pour les domaines : s’il y a un problème, on tape sur le consultant.

Ces pratiques ont-elles une incidence sur les vins ? Comment a évolué le style du Château Guiraud ?
Nous cherchons un vin qui soit le plus pur, le plus net possible. Les vins que l’on faisait avant étaient bons, stylés Guiraud sur l’acidité (un assemblage avec 35% de sauvignon blanc, NDLR), avec une politique bien définie de récolte des baies botrytisées. Mais de notre point de vue, à la dégustation, on se rend compte qu’il y a une barrière entre ce qu’est capable d’exprimer le vin, et le ressenti que l’on a. Quand on arrive sur des millésimes plus jeunes, nous avons des vins qui sont beaucoup plus tendus et beaucoup plus nets. Nous ne sommes pas classiquement sur une vague aromatique très riche, très mielleuse, qui redescend ensuite sur le côté amande avec une fin de bouche sur la sucrosité et l’acidité qui vient en pointe. Nous avons fait évoluer les millésimes 2010. On sent qu’on a quelque chose qui vient du terroir, avec des aromatiques que l’on ne trouvait pas dans les années 80 et 90. Par exemple, le blanc sec (le G du Château Guiraud) possède des notes qui évoquent la cerise, les fruits rouges. Ce sont des aromatiques qui sont apparues avec le développement des clones du conservatoire. Dans les sauternes du domaine, vous avez un côté peppermint acidulé : ces notes qui apportent de la netteté, nous ne les avions pas auparavant.

En Bordeaux blanc sec
Le G du Château Guiraud 2019, 15 € à la propriété.

Un nez intense et complexe : en bouche le vin déploie son volume sur des notes d’agrumes (zestes de pamplemousse), avec une tension soutenue. La finale perdure sur une amertume tout en finesse qui marque l’élégance de ce millésime.