(Photo F. Hermine)
(Photo F. Hermine)

Tavel ne veut plus être le premier rosé de France (pourtant le premier historiquement classé en AOC en 1936), ni « le roi des rosés », juste « un cru inclassable » de la Vallée du Rhône.

L’appellation rhodanienne ne veut plus communiquer sur la couleur bien qu’elle soit la seule appellation 100% rosé dans l’Hexagone avec les Riceys. La faute à la Provence sans doute, leader de la couleur en ce 21e siècle qui accapare les faveurs du consommateur et l’image du rosé à couleur diaphane.

Un rosé soutenu

Tavel ne communiquera pas non plus sur le « rouge léger » comme en d’autres temps. « Disons que nous sommes un « rosé soutenu » mais avant tout un rosé de macération, obligatoire dans le cahier des charges, insiste Thomas Giubbi, co-président de l’appellation et directeur de Vignobles & Compagnie. Ce qui, outre la couleur, fait la différence avec les vins de Provence majoritairement de pressurage. « La vinification par macération permet d’offrir aux vins un plus grand potentiel de garde grâce à une trame d’acidité » complète Raphaël de Bez du Château d’Aquéria. Le rosé de Tavel peut néanmoins être associé à un rosé de saignée mais pas question de faire des concessions sur la couleur, l’ADN de l’AOC qui fait d’ailleurs l’objet d’une définition d’intensité colorante depuis la réécriture des décrets en 2009. D’où cette teinte cerise-grenat sombre pour les rosés uniquement de macération, plutôt framboise-grenadine pour les rosés de saignée et de macération. Sans compter le carignan, cépage secondaire qui peut contribuer à approfondir la couleur des assemblages, en général à base de syrah, grenache et mourvèdre, le grenache étant obligatoire mais ne pouvant excéder 60%.

A la reconquête des cavistes

L’appellation rhodanienne, après deux ans de réflexion, entend donc s’appuyer sur sa nouvelle définition de « cru inclassable ». « Il fallait trouver un slogan pour se démarquer et il a fait l’unanimité » précise Thomas Giubbi. Aujourd’hui, nous souffrons d’une image un peu vieillotte, mais nous bénéficions toujours d’une forte notoriété. Nous allons donc nous lancer dans un travail de reconquête des cavistes et des restaurateurs par un positionnement Vin et Cru plus que par la couleur ». Cette opération de séduction commencera en Île-de-France, le premier débouché des tavels devant la vallée du Rhône. « L’objectif est de doubler les ventes dans le circuit traditionnel qui représente aujourd’hui 15% de la distribution, le caveaux réalisant 8% et la grande distribution près de la moitié, explique le jeune co-président Guillaume Demoulin (Château Trinquevedel). Chez un caviste, une bouteille de Tavel est vendue entre 10 et 15€, comme au caveau, tandis qu’en supermarchés, le prix moyen avoisine plutôt les 6-7€. Nous aimerions être mieux valoriser ». L’appellation a également adopté une nouvelle bouteille syndicale, plus haute au blason épuré et à piqure profonde pour redorer son image. Elle devrait être utilisée à partir de cet été par quasiment tous les producteurs (une trentaine et quatre coopératives) sauf pour quelques cuvées spéciales.

Tavel qui s’étend sur plus de 900 ha produit en moyenne 35 à 38 000 hl par an et commercialise l’équivalent de 5 millions de bouteilles, désormais « inclassables ». Elle renforcera également sa présence dans les rayons grâce à la récente fusion des caves coopératives de Tavel et Lirac. La nouvelle unité, premier opérateur de l’appellation qui regroupe désormais 90 vignerons pour 880 ha, élabore environ 35 000 hl dont 17 000 en Tavel, soit près de la moitié des volumes de l’AOC. De quoi faire rougir un peu les rangées de bouteilles de rosé sur table ou sur étagère.