A la veille de l’application des nouvelles taxes américaines sur les vins français, et avec un Brexit sans accord qui reste possible le 31 octobre, les viticulteurs hexagonaux s’estiment “piégés” par des enjeux géopolitiques qui les dépassent, et demandent à l’État et à Bruxelles de réagir vite et “à la hauteur des enjeux”.

“La filière viticole exprime un très fort mécontentement face à la léthargie du gouvernement français sur le sujet de la taxe américaine de 25% sur les vins français qui va s’appliquer à partir de ce octobre”, a indiqué mercredi Bernard Farges, président de la Confédération CNAOC qui regroupe les 17 principales régions viticoles françaises à appellation, soit 70% des viticulteurs du pays.

Comme les olives espagnoles et le fromage italien, le vin français, qui est le deuxième secteur d’exportation du pays, est “sacrifié sur l’autel des négociations aéronautiques et du conflit commercial entre Airbus et Boeing”, a dénoncé M. Farges au cours d’une conférence de presse devant le siège de FranceAgriMer, l’organisme public qui encadre les marchés agricoles.
Depuis l’annonce des taxes par l’administration Trump, “on voit déjà des annulations de commandes de vins français par des Américains”, a dit M. Farges en évoquant notamment le beaujolais, entouré de l’ensemble des organisations professionnelles de la filière viticole (viticulteurs, négociants, exportateurs) ainsi que des syndicats agricoles FNSEA et Jeunes agriculteurs.

“Il y a cinq ans, nous avions déjà été touchés par des perturbations sur le marché viticole dues au conflit entre la Chine et l’Union européenne sur les panneaux photovoltaïques”, a-t-il rappelé.

“La Commission européenne peut encore négocier avec Washington avant le 18 octobre, encore faudrait-il que L’État français la pousse, des négociations auraient déjà dû commencer”, a-t-il ajouté.

Les viticulteurs ont par ailleurs dénoncé la sous-utilisation – pour la première fois – des fonds européens destinés notamment à financer des opérations de promotion hors de l’UE pour exporter les vins français.

“Sur une enveloppe annuelle de quelque 280 millions d’euros, destinée à financer la promotion hors UE, l’investissement dans les chais, et la restructuration des vignobles, la France va renvoyer environ 15 millions d’euros non utilisés uniquement pour des raisons de complexité administrative kafkaïenne”, a dénoncé M. Farges. “Et encore, ce chiffre a-t-il été réduit drastiquement ces derniers jours par l’accélération de certains dossiers.”

Le 10 octobre, la FNSEA avait sonné l’alerte sur le sujet en estimant que la France s’apprêtait à renoncer à 30 à 40 millions d’euros d’aides européennes destinées à ses producteurs de vins.

Les Etats-Unis sont le premier marché à l’exportation du vin français, avec des achats de 1,6 milliard d’euros l’an dernier. Le Royaume Uni est le deuxième client avec des ventes de 1,1 milliard d’euros. Le total du chiffre d’affaires export des vins français (hors spiritueux) s’élève à quelque 9 milliards.