Parfois encore en fin d’élevage ou tout juste terminés, les Bordeaux blancs 2017 se dévoilent dès à présent comme des miraculés compte tenu des conditions climatiques catastrophiques du printemps.

À la simple évocation du nom Bordeaux, les images qui viennent le plus souvent en tête sont celles des splendides crus rouges qui participent évidemment grandement au prestige de la région en France et à l’international. Si le rouge est devenu la couleur largement dominante de ce vignoble, cela n’a pas toujours été le cas. Après la seconde guerre mondiale, ce sont les blancs qui dominaient en Gironde. Mais progressivement, leur part n’a cessé de diminuer jusqu’à se faire presque oublier des consommateurs. Pourtant, les Bordeaux blancs ont de nombreux arguments qui devraient progressivement les remettre sur le devant de la scène. Produits sur tout le vignoble bordelais, les blancs ont avant tout une personnalité marquée par quelques cépages. Le sauvignon est un incontournable, souvent acoquiné avec du sémillon et agrémenté parfois de muscadelle. Un trio qui a donné naissance sur le millésime 2017 à des vins très digestes et frais, bien homogènes et globalement réussis. Pourtant, quelques mois avant la vendange, peu de vignerons auraient pu imaginer un dénouement si heureux.

Du gel au soleil bienfaiteur

De mémoire de Bordelais, le vignoble n’avait pas connu d’aussi terribles épisodes de gel depuis l’année noire, 1991. Fin avril 2017, deux vagues successives de froid ont surpris les vignes qui, pour beaucoup, avaient déjà bien entamé leur croissance. La crainte était alors réelle de ne pas ou très peu produire sur bon nombre de parcelles. Mais les mois passant et la nature se remettant cahin-caha de cette agression printanière, l’espoir a fini par renaître. Les beaux mois d’été jusqu’en septembre ont permis un développement harmonieux des raisins qui affichaient de bons niveaux de maturité et des acidités appréciables.

Au final, la récolte est forcément plus maigre qu’à l’accoutumée, de l’ordre de moitié par rapport à une année normale, mais la qualité est là. Les vins produits, rarement boisés, devraient faire mouche auprès des amateurs par leur très bon rapport qualité-prix (la plupart des Bordeaux blancs sont vendus entre 5€ et 10€). Les cuvées présentent de beaux équilibres à l’image du château Guiteronde (6,5€), un 100% sauvignon tout en élégance avec une finale vive qui le porte sur la longueur ou du Vieux château Lamothe (5€), lui aussi mono-sauvignon mais dans un style plus ample et mûr tirant sur des notes exotiques. Les assemblages ne sont pas en reste. Les 20% de sémillon du château Penin (8,25€) lui apportent du corps, sa matière appelant des plats comme un beau poisson blanc au beurre blanc. Les notes florales du Château Thieuley (7€) ou anisées de La bastane (10,3€) sont d’autres belles réussites, comme les châteaux Gabaron (8€) ou des Arras (6,8€). En somme, le millésime parfait pour se laisser charmer par des Bordeaux blancs en pleine forme.