L’invasion de l’Ukraine par les troupes russes, ordonnée par Vladimir Poutine ce matin, plonge l’ensemble du pays dans le chaos et l’inquiétude – une inquiétude qui s’étend à toute l’Europe, sidérée par ce scénario catastrophe. Face au spectre de la guerre, c’est toute l’Ukraine qui est menacée, jusqu’à son vignoble.

Plusieurs semaines d’échanges diplomatiques, des temporisations, des négociations, des mises en garde, et soudain, ce matin, l’inconcevable : la Russie envahit l’Ukraine. Prétextant la reconnaissance des républiques autoproclamées (pro-russes) de Donetsk et de Lougansk, la défense du Donbass, la défiance des forces nationalistes ukrainiennes et le refus d’une entrée possible de l’Ukraine dans l’OTAN, le président Vladimir Poutine a fait fi de toutes les discussions entamées avec les dirigeants européens comme avec Joe Biden et, contournant tout droit international, a décidé d’envoyer ses troupes, non seulement dans l’Est de l’Ukraine comme on pouvait le soupçonner, mais sur l’ensemble du territoire ukrainien. Un scénario catastrophe qui fait de nouveau planer le spectre de la guerre sur l’Europe.

Dans ce contexte, on annonce déjà plus de cinq millions de personnes possiblement déportées, dans un pays en proie au chaos, dont le vignoble se voit lui aussi menacée. Région viticole depuis l’Antiquité, l’Ukraine possède plusieurs régions de production : la plus importante, la Crimée, a déjà été annexée par la Russie en 2014 ; l’autre zone de production principale se trouve au bord la Mer Noire, près d’Odessa, une région que l’on croyait à l’abri du conflit, mais qui depuis se matin, se retrouve à portée de fusil.

Kolonist, l’inquiétude d’Olivier Dauga

Le consultant bordelais Olivier Dauga accompagne, depuis 2008, le domaine Kolonist dans la région, un vignoble de 30 hectares fondé par l’ancien Ministre de l’Énergie Ivan Plachkov. Très proche de la famille, il a depuis hier des échanges sporadiques avec eux : « les communications sont très difficiles, tout est coupé sauf la connexion internet, pour l’instant. Jusqu’à hier la famille Plachkov tenait un discours très rassurant et optimiste, mais depuis ce matin la donne a changé. Il est impossible de savoir ce qu’il va advenir du vignoble, des gens qui vivent et travaillent dans la région. Leur sécurité est clairement en jeu aujourd’hui. » Olivier Dauga rappelle par ailleurs qu’Ivan Plachkov, qui est une personnalité politique reconnue en Ukraine et a notamment participé au traitement consécutif au drame de Tchernobyl, « veut faire valoir son expérience pour aider son peuple. Les Ukrainiens sont des gens dignes, courageux et fiers. Même face à la guerre, ils veulent montrer leur détermination à résister. Ils ont traversé tellement de crises à travers leur histoire, du joug communiste à la famine de 1936, la Révolution Orange plus récemment… C’est un peuple résilient qui ne s’avoue pas vaincu aussi facilement« .

Pour autant, il est aujourd’hui impossible de prévenir l’avenir du vignoble, du domaine Kolonist (qui emploie 50 personnes) et de toute la région : « la vraie force de l’Ukraine, surtout dans cette région, c’est sa terre, et le régime de Poutine peut être tenté de tout prendre, surtout ce qui marche. Sous l’URSS, Gorbatchev avait fait arracher les vignes, il a fallu du temps pour replanter, relancer un vignoble et positionner une marque comme Kolonist comme un vin haut de gamme, exporté dans de nombreux pays… Il reste à voir la façon dont la Russie va traiter un tel vignoble… En attendant, ils ont besoin, tous les Ukrainiens ont besoin de notre soutien. La situation est explosive et on ne peut pas dire où cela va s’arrêter« .