Après l’élection de deux co-présidents pour l’appellation Sauternes-Barsac, voici que celle-ci vient de recruter un nouveau directeur en la personne de Pierre-Baptiste Fontaine, récemment arrivé en février 2021. Une nouvelle dynamique s’annonce. Entretien.

Quel est votre parcours Pierre-Baptiste Fontaine ?
Je suis juriste de formation car j’ai un master 2 « Droit de la vigne et du vin » de l’université de Bordeaux, obtenu en 2017. Je souhaitais sortir des carcans classiques du monde juridique en combinant ces études de droit avec le domaine du vin et de la dégustation. J’ai rejoint l’ODG (NDLR : Organisme de Défense et de Gestion) Beaujolais, à Villefranche-sur-Saône, pendant une année, avec une mission qui était de mettre en valeur l’appellation, et aussi plus particulièrement le village de Lantignié pour le faire devenir éventuellement la 11ème commune de l’appellation et qu’elle rejoigne ainsi la famille des crus du Beaujolais. J’apportais aussi un appui juridique sur l’ODG. Puis, pendant trois années, jusqu’en février 2021, j’étais au sein du syndicat général des vignerons de la Champagne, dans un service « relations avec les vignerons ». J’étais chargé d’apporter les réponses aux interprétations liées au cahier des charges de l’appellation Champagne et Coteaux-champenois. J’avais déjà rencontré David Bolzan, un des deux futurs co-présidents de l’ODG Sauternes, car il était le château parrain de la promo du master. Aujourd’hui, l’entente avec ces deux co-présidents, David Bolzan et Jean-Jacques Dubourdieu, s’est très bien faite : leur projet m’a donné beaucoup d’envie. Comme le Beaujolais ou la Champagne, le Sauternes fait la renommée du paysage viticole français. Il y a un capital sympathie très fort au sein de cette appellation. Avec les projets précis pour le futur, c’est ce qui m’a donné envie de rejoindre Jean-Jacques et David. J’ai également, à 28 ans, la volonté de monter en compétence.

Quels ont été vos premiers gestes en arrivant ?
Je suis arrivé dans un temps de contexte sanitaire compliqué mais j’ai pu rencontrer la moitié des effectifs des 140 vignerons au bout d’un mois. Je voulais rapidement créer du lien. Je me suis rendu compte qu’il y avait peu d’échanges entre les vignerons et chacun d’entre eux, à leur échelle, a des atouts, que ce soit sur les pratiques œnotouristiques, ou un travail sur un marché précis par exemple. Mettre tout cela en musique, créer de la synergie et faire découvrir nos vins, tout cela me motive. On a un produit très singulier et lorsqu’on est en face de nos clients, la magie de la dégustation parle d’elle-même et ils trouvent nos produits très bons. Mais je reste actuellement dans une phase d’appropriation et je découvre le territoire.

Quel est votre premier regard sur le produit Sauternes ?
On a la chance de s’appeler Sauternes et Barsac avec une forte notoriété. La qualité de nos vins en atteste et ce n’est pas pour rien qu’un peu plus d’une vingtaine de crus classés en 1855 se trouvent sur notre territoire. Il y a une consommation traditionnelle des Sauternes qui existe et qu’il ne faut surtout pas remettre en question. Malgré tout, il faut recruter de nouveaux consommateurs, en sortant le Sauternes d’une consommation classique comme au moment des fêtes de fin d’année. Il faut pousser pour que le Sauternes soit consommé sur des moments comme l’apéritif ou d’autres moments, des moments décontractés, y compris l’été. On doit s’appuyer sur cette notoriété tout en désaisonnalisant la consommation des Sauternes.

Quelles sont vos futures missions ?
Au-delà de la gestion courante, continuer à créer du lien avec et entre les vignerons. Mais aussi, donner un coup de jeune aux locaux, à cette maison des vignerons : on a un très bel outil, bien situé sur la place de Sauternes. Recruter de nouveaux consommateurs et rajeunir notre cible de consommateurs. Contribuer au projet de pôle œnotouristique qui sera global sur le sud Gironde et sera la tête de proue de l’appellation. Il s’agira de capitaliser tout ce qui existe dans les propriétés. Il y aura de la rénovation mais aussi de la construction : échéance 2025 pour l’ensemble du projet. Ré-inculquer la notion de qualité des vins de Sauternes chez les futurs prescripteurs professionnels du monde du vin. Et enfin, Planifier les portes ouvertes 10 et 11 juillet.
Aujourd’hui l’appellation Sauternes et Barsac est ambitieuse, et ne s’interdit rien du fait de la singularité du produit.