(photos JJ Dubourdieu)
(photos JJ Dubourdieu)

Comment vont se conclure les vendanges 2020 dans les appellations Sauternes et Barsac ? Les prochains jours seront décisifs. Dans le vignoble bordelais, les domaines producteurs de blanc moelleux espèrent l’éclaircie annoncée autour de la mi-octobre.

C’est le fameux stade “pourri rôti” que les domaines de Sauternes et Barsac attendent avec impatience. Ce stade où la pourriture noble, c’est-à-dire le champignon microscopique Botrytis cinerea, concentre les sucres et l’acidité dans les baies de sauvignon, muscadelle et sémillon. Mais pour cela, il faut un ensemble de conditions climatiques que le millésime 2020 tarde à accorder. “Patience, patience et patience”, répète avec philosophie Vincent Labergère, directeur du Château Rayne Vigneau, premier grand cru classé de Sauternes.
“En moyenne, dans tous les domaines, deux tries ont déjà été réalisées”, relate Jean-Jacques Dubourdieu, co-président de l’appellation des vins de Sauternes et Barsac avec David Bolzan, directeur du Château Lafaurie-Peyraguey. Les tries, ce sont ces ramassages successifs destinés à récolter à la main les grappes les mieux botrytisées.

Le cœur de la récolte encore sur pied

A l’instar du Château d’Yquem, la plupart des domaines ont lancé une première trie la semaine du 14 septembre. “On a picoré un peu de raisin au stade le plus précoce du botrytis, poursuit Jean-Jacques Dubourdieu, lui-même à la tête du Château Doisy Daëne en appellation Barsac. C’était une toute petite trie mais très qualitative, réalisée dans de superbes conditions.” Une deuxième trie “très saine” a eu lieu la semaine du 28 septembre lors des dernières belles journées du mois.

Il reste encore un beau morceau de la récolte sur pieds. Pour les dernières tries, qui constituent le cœur de la vendange de ces blancs moelleux, tout va donc dépendre des conditions météorologiques à venir. Le début du mois d’octobre a été marqué par un épisode pluvieux important. “Tout le monde attend une éclaircie et du vent pour que ça sèche et que les baies se concentrent”, acquiesce Gabriel de Vaucelles au Château Filhot. Dans ce grand cru classé, l’attaque du botrytis a été “intense” et la vendange ne saurait attendre : “mi-octobre, ce sera la date maximum pour récolter”.

Raisin très sain

Dans tous les cas, 2020 ne sera pas un millésime marqué par un fort rendement, les sémillons (notamment les vieux pieds) ayant eu une floraison difficile en mai et juin avec de la coulure : les fleurs mal fécondées sont tombées au lieu de se transformer en fruits.
“Finalement, ce rendement plus léger pourrait jouer en notre faveur, avance Jean-Jacques Dubourdieu : le comportement de la vigne qui porte moins de raisin peut vite évoluer”. Autre point positif : le très bel état sanitaire du millésime. “Pour le moment, les températures basses nous arrangent, elles limitent le développement et la propagation de la pourriture aigre et la recrudescence des drosophiles”, ces mouches qui pourraient abîmer la vendange.
A Rayne Vigneau, terroir d’argile plus tardif, Vincent Labergère met également “beaucoup d’espoir” pour la fin de semaine du 12 octobre. “Il faut qu’il arrête de pleuvoir ! Nous avons rentré des premières tries qui feront de très jolis seconds vins. Aura-t-on ce qu’il faut pour faire le grand vin ? Tout l’enjeu est là.”