Grâce a deux belles pluies, son altitude et ses amplitudes thermiques, l’AOC Ventoux bénéficie de belles conditions de vendange. Côté Luberon, l’eau se fait toujours attendre pénalisant les volumes de la récolte.

Les deux épisodes pluvieux de la fin juillet et de la mi-août ont eu des effets bénéfiques pour l’AOC Ventoux. Un temps tétanisée par la sécheresse, la vigne a repris des couleurs et poursuivit sa maturation. Comme l’explique Frédéric Chaudière, le président de l’ODG, : « en réalité, il n’y a pas eu de précocité particulière. L’influence de la montagne, ses courants, son altitude et ses amplitudes font un terroir tardif. Le changement climatique a fait son œuvre. Le week-end du 11 septembre, il a fait 10° C la nuit et 30° C le jour, soit un différentiel de 15 à 20° intéressant pour la fin des maturité des rouges. Le millésime se recale sur un calendrier plus traditionnel ». Les syrahs et cinsaults sont en cave, les grenaches peuvent attendre. Il n’est pas rare dans le Ventoux de terminer les vendanges entre le début et la mi-octobre. Si la sortie de raisins s’annonçait belle, le poids reste encore une énigme. « Les blancs révèlent de jolies acidités avec un pH entre 3,30 et 3,40, sur les viogniers et les roussannes. Cela me convient », assure le président.

A l’autre bout des monts du Vaucluse, Romain Dol du domaine Le Novi, à La Tour d’Aigues, est plus soucieux. « L’état sanitaire est magnifique mais la récolte est maigre notamment sur les blancs. Les grenaches et clairettes ne sont pas généreux cette année. Ils ont été impactés par le manque d’eau, seulement 140 millimètres depuis le début de l’année. Heureusement d’autres producteurs sont plus satisfaits », constate le vigneron. C’est un millésime très précoce ; le plus solaire était 2015, là on est un cran en dessus. Cela me rappelle 2003, avec des acidités plus basses, des pH plus hauts et plus de potassium ». Même constat pour les syrahs déjà en cave qui manquent de jus. « Mes vignes restent quant même vertes mais on a un paysage automnal. Sanitairement, c’est top, on peut attendre encore un peu. Les counoises surgreffées ont bien tenues ». A l’avenir, Romain Dol envisage de planter le cépage œillade pour compenser. Il ne cache pas sa tristesse : « je pense perdre 35 à 40 %. On a l’impression de ne pas être récompensé. C’est l’ingratitude et la beauté du métier ».