(photos JM Brouard)
(photos JM Brouard)

Le pianiste Julien Gernay, grand amateur de vin, a souhaité partager les émotions convergentes qui l’animent en jouant une pièce et en dégustant un verre. Un projet original et précieux car il nous permet d’appréhender différemment le monde du vin.

Dans sa voix, l’émotion est palpable. Le jeune pianiste Julien Gernay aime le vin. Il l’adore même au point de s’y intéresser avec passion depuis près de 20 ans. A Paris, c’est aux fantastiques caves Legrand qu’il a pris l’habitude de passer de longs moments à tenter d’apprivoiser ce nectar divin. Des rencontres ensuite vont lui faire prendre conscience de toute la similitude qui peut exister entre deux mondes a priori exclusifs l’un de l’autre. “La démarche d’un vigneron, pour la conception d’un vin, est jalonnée de satisfactions et de déceptions. Des étapes formatrices qui rythment également la vie d’un musicien s’appropriant une œuvre”, explique Julien. De ce constat est né ce projet Vinophony un peu fou. Celui de sélectionner, pour chacune des 12 œuvres de ce disque, un vin qui lui réponde parfaitement. Le voyage musical couvre plusieurs siècles de création, de Haendel à Debussy, de Schubert à Albeniz. Le voyage vinique nous emporte, pour sa part, de la Champagne à la Toscane, de la Loire à la Castille et Léon.

1+1 = 3

On pourrait prendre ce projet pour une fantaisie, une marotte. Il n’en est rien. Les souvenirs de dégustation évoqués par Julien dans le livret d’accompagnement du disque font immédiatement comprendre à quel point ces cuvées l’ont touché, lui ont parlé. Leur résonance en lui est aussi forte que la vibration des cordes de son piano envoûtant l’auditeur. Et là est la magie de l’expérience. En ouvrant la bouteille suggérée par l’artiste et en ayant pris connaissance des motifs de son amour pour elle, on s’abandonne au son des premières notes. La chaconne en sol majeur de Haendel, par exemple, est de ses propres mots “une œuvre baroque foisonnante, parfois lente et majestueuse, parfois plus introspective puis tout en accélération”. Cette complexité et cette profondeur font merveilleusement bien écho au champagne “L’âme de la terre” de Françoise Bedel, et vice-versa. La musique installe une atmosphère qui enveloppe littéralement la première gorgée. L’esprit se plonge alors totalement dans le vin tout en continuant de percevoir ce cadre musical si expressif. Un aller-retour permanent s’engage alors entre l’ouïe et le goût, entre l’émotion et la réflexion.

Autre morceau, autre vin, autres sentiments. Cette fois-ci, Liszt transporte l’âme en Suisse avec sa “Vallée d’Obermann”. Une œuvre centrale dans la carrière de Julien qui la fait dialoguer avec un château Pichon-Longueville Baron. Un choix évident à l’écoute. L’intensité, la structure, les silences de ce morceau éblouissent à chaque instant. Il y a ici quelque chose de sérieux mais sans lourdeur. Une fois le vin en bouche, on ne souhaite que fermer les yeux. Le moment est alors propice à sonder les profondeurs du génie de Liszt et celle du fantastique terroir de Pauillac. On dépasse alors chacune de ces deux réalités pour s’élever vers plus grand encore. Un moment rare à vivre intensément.