Ci-dessus : Auréline Mulard, directeur commercial France des Vignobles Austruy (photo JC Gutner)
Ci-dessus : Auréline Mulard, directeur commercial France des Vignobles Austruy (photo JC Gutner)

En moins de 18 ans, s’appuyant sur le succès de Peyrassol en Provence, les vignobles Austruy ont mené une ambitieuse stratégie de diversification qui les a amenés à s’implanter à Bordeaux, au Portugal, en Italie, en Toscane… et même à produire du gin. Rencontre à Wine Paris.

Tout commence en 2001 en Provence. Philippe Austruy, ayant fait fortune dans le domaine de la santé et des soins à la personne, est de longue date un passionné de vin. Il veut investir dans des propriétés à fort potentiel, où tout reste à écrire. Son premier coup de cœur sera Peyrassol, dans le Var. Un domaine riche d’une histoire millénaire, ancienne propriété des Templiers et de l’Ordre des Chevaliers de Malte, que Philippe Austruy va hisser parmi les grandes réussites de Provence (il fait d’ailleurs partie des 100 finalistes de nos Trophées de l’Œnotourisme). Près de mille hectares de superficie, dont 110 de vignes en production, dont les vins se déclinent en trois couleurs mais où le rosé se taille la part du lion. Et pour cause : du très gastronomique Clos Peyrassol aux vins de négoce “Lou by Peyrassol” lancés il y a deux ans, la gamme se déploie sur une palette adaptée à différents moments de consommation. Si l’on doit opérer ce grand écart, saluons la distinction d’un grand rosé comme Clos Peyrassol 2018 : issu d’une parcelle de 7 ha sur argilo-calcaire, cet assemblage de cinsault, rolle, tibouren, grenache, syrah et mourvèdre est signé par une désarmante minéralité ; on serait tenté de le confondre avec un blanc, si Clos Peyrassol ne se déclinait pas lui aussi en blanc, un blanc floral et cerise blanche, porté par de délicats amers en finale (28 €). A l’opposé du spectre, Lou by Peyrassol, rosé de négoce produit à 300 000 bouteilles, (9,70 €), joue la carte du fruité croquant et désaltérant. Nouveauté cette année sur Wine Paris : Lou by Peyrassol blanc, un assemblage rolle / ugni blanc à parité, bien balancé entre fruit juteux et tension.

Malescasse, l’ambition bordelaise

En 2012, Philippe Austruy décide d’investir dans le Bordelais. Ce sera Château Malescasse, vignoble de 40 hectares d’un seul tenant – cru bourgeois, appellation Haut-Médoc – nécessitant un travail de fond pour lui redonner son lustre. Refusant de vinifier le “problématique” 2013, Philippe Austruy et ses équipes entreprennent une remise à niveau des vignes, une rénovation du cuvier et du chai pour remettre le domaine sur les rails de la qualité. Ils sont accompagnés par le consultant Stéphane Derenoncourt et signent, depuis 2014, des vins qui gagnent en reconnaissance. La renaissance de Malescasse passe aussi par un projet œnotouristique qui verra le jour ce printemps (un “château d’hôtes” privatisable avec quatre suites, cuisine, salon, service de conciergerie) et par le futur classement des Crus Bourgeois, pour lequel le propriétaire ne vise rien de moins que le sommet.

Quinta da Côrte, la folie portugaise

En 2013, c’est vers le Portugal que Philippe Austruy porte son intérêt, et en particulier le Douro. Il reprend la Quinta da Côrte, domaine historique qui jusqu’ici fournissait les géants du porto, et crée une marque de toutes pièces. Pas seulement une marque : il fait construire un chai flambant neuf – il a été inauguré l’an dernier – pour les rouges secs, conçu par le designer Pierre Yovanovitch, dans un esprit de “luxe authentique”. Stéphane Derenoncourt, toujours lui, supervise la production des rouges secs, les portos étant toujours signés Marta Casanova. Deux rouges secs et quatre portos composent la gamme de Quinta da Côrte, une petite production qui vise le haut-de-gamme. Les rouges, issus de cépages autochtones, arrivent à jongler habilement entre puissance et élégance, à l’image de la jolie cuvée Princesa (20 €). Les portos sont d’une très belle facture, en commençant par “l’entrée de gamme” LBV 2014 tout en réglisse gourmande, jusqu’au superbe Tawny 20 ans (48 €), au nez envoûtant de tabac, sous-bois, rancio,, champignon, pour une bouche en délicatesse et salinité. Le Vintage 2015, dense, complexe, giroflé, constitue le fer de lance de la gamme (75 €).

Tenuta Casenuove, le délice toscan

En 2015, Philippe Austruy se tourne vers la Toscane, et reprend la Tenuta Casenuove, un domaine de 22 hectares également assoupi. La restructuration du vignoble et la rénovation de l’outil technique sont toujours en cours, pour ce toscan qui associe “l’autochtone” sangiovese et les “internationaux” cabernets et merlots. Deux vins rouges sont produits : un Chianti Classico (22 €) élevé en cuves bétons et à 15% en foudres, plutôt sur la typicité du sangiovese, très orange sanguine, éclat d’épices, tension et énergie ; et un IGT Toscane (40 €) 60% sangiovese 40% merlot, à l’élevage plus marqué, dont le côté sanguin exige un temps d’aération avant de se révéler pleinement. A Casenuove, l’aventure ne fait que commencer.

Mais les ambitions des vignobles Austruy ne s’arrêtent pas là. En 2018, une prise de participation majoritaire a été opérée dans la maison de champagne Comtes de Dampierre, avec un nouvelle stratégie en cours pour se repositionner sur le marché français et une refonte du packaging prévue pour la fin de l’année. Enfin, ce printemps devrait voir la sortie d’un gin “made in Provence”, une production confidentielle pour l’instant mais qui entend s’inscrire dans l’essor actuel de la mixologie. Prochaine étape : et pourquoi pas un grand vignoble de blanc ? Galice ? Grèce ? Rien n’est fait pour l’instant, mais du côté des vignobles Austruy, on y réfléchir.