Nicolas Glumineau, directeur général du Château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande à Pauillac et du château de Pez à Saint-Estèphe, organisait il y a quelques jours une dégustation verticale 2014-2018 des deux propriétés. Nous y étions.

Le directeur général du Château Pichon-Longueville Comtesse de Lalande à Pauillac, Second Grand Cru Classé 1855, et du Château de Pez à Saint-Estèphe, a imprimé depuis son arrivée en 2012 une certaine idée du vin, à savoir une quête de précision dans la structure tannique et dans la pureté du fruit. Au-delà de la restructuration des vignobles et des travaux colossaux à Pichon Comtesse, le magazine Terre de Vins est allé chercher le résultat au fond du verre, du millésime 2014 à 2018 – toujours en cours d’élevage.

Château de Pez 2014
Le nez est très vite expressif avec des notes terreuses fidèles à Saint-Estèphe. Ce millésime déjà accessible dans sa jeunesse délivre une attaque très délicate, soyeuse pour une belle buvabilité. Le challenge de ce millésime, imposant des vendanges interminables durant l’été indien, fut la quête de la maturité sur chaque parcelle. L’assemblage final retient 56% de cabernet sauvignon, 41% de merlot et 3% de petit verdot. La palette aromatique jongle entre le cuir, le chocolat et la fève de Tonka. Ce vin démontre surtout la politique mise en place de l’élevage avec le souci du respect du fruit.

Château de Pez 2015
On franchit un palier voire trois en terme de qualité de millésime. “Il a fallu se concentrer sur le pépin, travailler sur la structure tannique, maîtriser la très belle acidité”, explique Nicolas Glumineau. Au nez, on retrouve ce caractère racé et terreux auquel s’ajoute un bouquet d’épices. En bouche, c’est une leçon d’équilibre, il y a de la puissance et de la fraîcheur, la recherche du gras, les remontages au tourniquet lors de la première partie de la fermentation alcoolique a porté ses fruits. L’assemblage final est de 44% de cabernet sauvignon, 51% de merlot, 2% de cabernet franc et 3% de petit verdot. On place souvent 2016 au-dessus du 2015 mais la concentration des tannins et la magnifique acidité du 2015 promet une garde phénoménale. On en reparle dans 20 ans.

Château de Pez 2016
Le nez est discret avec une sensation de dilution. Ce 2016 est manifestement dans une phase de fermeture, il hiberne. L’attaque délivre timidement des notes de gras et la bouche soyeuse est sur la grosse cerise noire. Le merlot semble faire la loi avec 53% de l’assemblage et 42% de cabernet sauvignon, 2% de cabernet franc et 3% de petit verdot. Nicolas Glumineau a voulu donner de l’accessibilité, de la buvabilité avec un caractère très juteux, enrobé. Le grand défi de Saint-Estèphe est de se défaire de sa touche parfois austère tout en conservant cette signature terreuse.

Château de Pez 2017
C’est typiquement un vin qui montre, démontre, sur-montre que le millésime 2017 n’a pas à rougir entre 2016 et 2018. Son nez est d’une complexité et d’une profondeur exceptionnelle. On bascule entre la rhubarbe, le chocolat, la mûre, la groseille et les épices. En bouche, on retrouve tous ses arômes, c’est l’éloge de la maturité, l’incarnation du grand vin médocain, orgueilleux et complexe. Ce premier millésime avec le consultant Eric Boissenot jouit enfin d’un élevage très respectueux, jamais sur l’aromatisation, seulement sur la structure tannique. Vive les vins d’assemblage, celui-ci retient 51% de cabernet sauvignon, 46% de merlot, 1,5% de cabernet franc et autant de petit verdot. On n’a pas fini de parler de ce 2017.

Château de Pez 2018
La couleur de ce vin en primeur est très riche, elle témoigne d’une grande concentration qui se commue en bouche par une grande puissance et beaucoup d’onctuosité. La finale légèrement asséchante rappelle que c’est un vin en cours d’élevage mais la profondeur de ce vin et le touché tannique présage d’un très beau millésime.

Château Pichon Comtesse 2014
Le premier nez est envoûtant, ce paradoxe de finesse et de puissance sur le fruit noir : bienvenue à Pauillac. L’attaque est très fraîche, il y a de la tension, de l’amplitude aussi, les notes d’épices s’imposent sur le palais au bout de quelques secondes. La finale est légèrement alcooleuse, ce qui délivre une sensation de chaleur. L’assemblage de ce 2014 est de 65% de cabernet sauvignon, 22% de merlot, 7% de cabernet franc et 6% de petit verdot. C’est un millésime “classique” que l’on peut déjà ouvrir avec des notes d’agrumes qui donnent beaucoup de vivacité et d’accessibilité.

Château Pichon Comtesse 2015
On reste sur un assemblage de 68% de cabernet sauvignon, 29% de merlot, 2% de cabernet franc et 1% de petit verdot. Le nez est très pur, entre le cassis, le chocolat et la menthe. L’attaque est très soyeuse, le gras tapisse le palais sur une trame aromatique du moka à la mûre en passant par la cerise à l’eau-de-vie. C’est complexe, dense, élégant avec une finale sapide, chère à Nicolas Glumineau. “Il faut donner envie de resservir”, dit-il à bon escient.

Château Pichon Comtesse 2016
La couleur est très intense, d’un rubis éclatant. Le nez nous renvoie à la cueillette des cerises avec une grande profondeur sur la réglisse. Le nez d’un grand Pauillac est toujours mystérieux, à la porte de grandes choses sans vraiment savoir quoi. La porte s’ouvre en bouche, l’attaque est vive et fraîche, il y a de la nervosité, de la pureté aromatique. Le vin danse, la finesse des tannins envahit le palais. Le cabernet sauvignon s’impose, il atteint d’ailleurs les 75% (21% de merlot et 4% de cabernet franc), une volonté assumée par Nicolas Glumineau. Nous sommes à Pauillac, un point c’est tout, c’est la puissance et la gloire.

Château Pichon Comtesse 2017
Comme pour le Château de Pez, ce millésime chez la Comtesse est bluffant, bluffant par ce nez affriolant sur la fraise écrasée, la cerise noire et le cassis. C’est sublime. La bouche confirme pour une sucrosité exceptionnelle, une signature capiteuse et une finale sur le tabac. C’est un très grand 2017 avec ses 70% de cabernet sauvignon, 23% de merlot, 6% de cabernet franc et 1% de petit verdot. Dans dix ans, ce vin va être une bombe.

Château Pichon Comtesse 2018
Nicolas Glumineau enchaîne les grands millésimes avec des conditions météorologiques favorables et un terroir digne d’un second Grand Cru Classé 1855. Le 2018 est très riche, très juteux, il délivre un caractère floral au nez et une sensation de dentelle en bouche. L’élevage est totalement maîtrisé, la balance entre la sucrosité et l’acidité promet un énorme potentiel de garde. On en reparle.