Denis Dubourdieu, éminent œnologue, chercheur, propriétaire bordelais et figure internationalement reconnue par toute la profession, est décédé ce matin.

Son savoir était immense, son héritage l’est encore plus. Homme de science, agronome de formation et professeur d’œnologie à la faculté de Bordeaux depuis 1987, Denis Dubourdieu s’inscrivait dans la lignée des grands œnologues/chercheurs que furent le Professeur Ribéreau-Gayon ou encore Emile Peynaud. Tous les consommateurs du monde du vin ont bénéficié, à plusieurs titres, des recherches de ce grand homme. Que ce soit sur les vins blancs, les levures ou les arômes, l’ensemble du bordelais et du monde du vin, ont appliqué ses recherches et peuvent être aujourd’hui reconnaissants au Professeur Dubourdieu.

Né à Barsac en 1949, son terrain de jeu c’était la vigne. Une plante qu’il adorait, qu’il révérait même. Fils, petit-fils de viticulteur, il était aussi un paysan fier. Fier de ses propriétés (Reynon, Clos Floridène, Cantegril, Haura ou Doisy Daëne) où il appliquait son savoir dans chacune d’elles avec la plus vigilante détermination. Et s’il est un homme qui connaissait particulièrement bien la région de Sauternes, c’était lui. Chaque terroir, chaque recoin de terre n’avaient plus de secret. Déguster avec lui des sauternes, c’était assister à une leçon particulière. Un moment rare, inoubliable.

Homme de savoir, il partageait volontiers ses connaissances avec ses étudiants. Œnologues, propriétaires, chercheurs ou amateurs passionnés (via le DUAD), tous se souviennent de ce don naturel qu’il possédait pour faire passer ses idées. Avec un ton maîtrisé, ses yeux s’illuminaient dès qu’il faisait jouer les mots entre eux. Derrière ses lunettes, son léger sourire aimait à voir l’attention des étudiants. C’est d’ailleurs cet amour de la pédagogie qui le poussa à prendre en main les destinées de la nouvelle ISVV (Institut des Sciences de la Vigne et du Vin), paquebot amiral du savoir oenologique bordelais, français aussi et plus grand centre de recherche en oenologie d’Europe. Pied de nez amusant, lui qui fut refusé au poste d’assistant de direction de Château Latour à Pauillac continua ainsi ses études pour devenir chercheur en œnologie à la demande du Professeur Pascal Ribéreau-Gayon qui devint son mentor et ami.

Le monde du vin lui doit plus de 200 publications majeures, près de 7 000 citations dans diverses thèses et travaux de recherche et un nombre incalculable de propriétés suivies en conseil, à Bordeaux bien sûr, mais aussi en Alsace, à Sancerre, dans le Rhône, en Afrique du Sud, en Egypte, au Japon. Cheval-Blanc, Yquem, Château Margaux, Paul Jaboulet Aîné, Louis Jadot, Domaines Ott, ces noms prestigieux ont fait appel aux connaissances de Denis Dubourdieu et peuvent s’enorgueillir, aujourd’hui, d’avoir été accompagnés par ce grand œnologue.

Aujourd’hui son œuvre plurielle reste vivante. La relève est assurée. Ses associés, Valérie Lavigne et Christophe Ollivier, sont prêts à poursuivre l’œuvre. Ses enfants, Fabrice et Jean-Jacques, sont déjà aux commandes des différentes propriétés, fiers, sans nul doute, du travail accompli par leur père. Un de ses plus proches collaborateurs, Axel Marchal, son élève le plus doué, se souvient d’un homme « qui a consacré sa vie à la recherche de la beauté du vin ». « C’était mon maître, mon guide, mon ami » ajoute-t-il tout en citant Picasso, que Denis Dubourdieu, aimait à évoquer dans ses cours : « l’intérêt de maîtriser une technique, c’est qu’elle permet d’exprimer un sentiment », comme pour spécifier le rôle de l’œnologue qu’il fût. Alain Rousset, président de la région Nouvelle Aquitaine, s’est lui aussi fendu d’un hommage : « Denis Dubourdieu a transformé les vins de Bordeaux en profondeur. On le surnommait d’ailleurs avec beaucoup d’admiration « le pape du vin blanc » dans le monde entier. La planète vin n’est aujourd’hui plus la même sans lui ». Pour Véronique Sanders, directrice du château Haut-Bailly, « une lumière s’éteint. Denis Dubourdieu était une personnalité riche et rare. Professeur, chercheur, consultant, producteur, il va manquer à de nombreux acteurs de toute une profession. Il était passionné par son métier mais l’était aussi de musique, de voile, d’équitation… Il avait une hauteur de vue inégalable. Nous perdons aussi un ami fidèle et loyal. »

Récemment, il reçut le ruban de Chevalier de la Légion d’Honneur, promotion du 1er Janvier 2016, à la demande du ministère de l’Éducation Nationale et le célèbre magazine anglais Decanter, le nomma « homme de l’année » pour l’ensemble de ses contributions au monde du vin.

Oscar Wilde, dans sa préface au portrait de Dorian Gray, affirmait que « l’art a pour but de rendre l’art manifeste et de cacher l’artiste ». En cela, Denis Dubourdieu faisait profession d’artiste.

A toute la famille, l’équipe de « Terre de Vins » exprime ses plus sincères condoléances.