Dans une lettre ouverte adressée hier au Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll, Jacques Gravegeal, président de l’IGP Pays d’Oc, dénonce le fait que le Comité permanent technique de la sélection (CTPS) vienne de retoquer 21 cépages résistants sur les 25 proposés pour inscription au catalogue français par les organisations professionnelles Pays d’Oc et la Fédération des Grands Vins de Bordeaux. Une décision qui, selon lui, place la France viticole « à l’écart des enjeux sociétaux ». Voici sa lettre reproduite en intégralité.

Monsieur le Ministre,

J’apprends, par voie de presse ce jour, que le CTPS a statué hier sur notre demande conjointe entre le Syndicat des Producteurs Pays d’Oc IGP et la Fédération des Grands Vins de Bordeaux. Quatre cépages résistants sur les 25 proposés ont obtenu leur inscription. Aucun des cépages demandés par l’ODG Pays d’Oc IGP n’a été retenu.

Il est inadmissible qu’on ne respecte pas nos choix professionnels. La France ne peut pas aujourd’hui être en retrait face aux solutions possibles pour répondre aux enjeux sociétaux. Vous, le premier et vos prédécesseurs avant vous, ne pouvez pas obliger la Filière Viticole à s’orienter vers l’agro-écologie et en même temps, par l’intermédiaire de vos services entraver toutes formes de solutions.

Le CTPS a la responsabilité de l’état sanitaire des cépages demandés à l’inscription du Catalogue Français, il n’a pas à décider en lieu et place des professionnels. Les cépages demandés sont tous inscrits dans d’autres pays de la Communauté Européenne, il est impensable que la France membre de la communauté soit privée de ces inscriptions alors que le règlement communautaire le prévoit. Ou alors, la France a fait son Brexit et nous n’en serions pas informés ? Ces cépages qui sont déjà plantés en Allemagne et en Italie, donc commercialisés prochainement en France, permettront aux consommateurs français de les découvrir mais pas aux vignerons français de les produire.

Par cette attitude irresponsable, la France réel moteur de la viticulture mondiale recule. A partir du moment où le vigneron prend la responsabilité de sa plantation, achète ses plants et vend son vin, toute initiative s’opposant à ses choix, est un frein à notre compétitivité. Les vignerons que nous sommes, ne peuvent pas comprendre une attitude irresponsable de la part de gens qui ne vendent pas un litre de vin et qui ne sont confrontés qu’à de la paperasse de bureau.

La santé des vignerons, des riverains des exploitations viticoles et les attentes légitimes des consommateurs, enfin la capacité d’innover sont les enjeux de ce dossier « Cépages Résistants ». Les intérêts partisans qui se dégagent de cette décision montrent clairement la paralysie de la France à cause de son administration. Non, la France n’est pas un vieux pays et la Filière Viticole qui contribue largement à la beauté de ses paysages et à l’économie nationale, n’a pas à être sous tutelle rétrograde de services administratifs parce qu’elle a son destin en main.

Au nom des 20 000 vignerons du Pays d’Oc que j’ai l’honneur de représenter, je vous demande solennellement qu’avant le Conseil Spécialisé de France AgriMer du 19 octobre prochain, vous vous empariez directement de ce dossier indispensable pour notre avenir et que vous le souteniez en permettant l’inscription de ces cépages résistants dont nous prenons la totalité responsabilité afin d’éviter d’accentuer d’avantage la distorsion de concurrence que subit notre filière au sein de l’Union Européenne.

Je vous prie de bien vouloir agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de ma très haute considération.

Le Président,
Jacques GRAVEGEAL