L’église romane de Chavot domine cette vallée. En vis-à-vis, les coteaux des communes de Pierry, Moussy, Vinay. Photo Michel Guillard / CIVC
L’église romane de Chavot domine cette vallée. En vis-à-vis, les coteaux des communes de Pierry, Moussy, Vinay. Photo Michel Guillard / CIVC

Ce secteur peu médiatisé et pourtant évident aux portes d’Épernay propose une approche originale. Des champagnes gourmands et charnus basés sur un duo meunier-chardonnay. Un vignoble aux nombreuses petites exploitations familiales. Zoom sur le champagne Pinot-Chevauchet.

C’est une partie du vignoble peu connue, et qui pourtant s’offre aux yeux de tous dès que l’on sort d’Epernay par le sud. Les vignes des coteaux sud d’Épernay démarrent dès la banlieue de la ville, disputant le terrain aux maisons, pour ensuite prendre leur aises sur les communes de Pierry, Moussy, Vinay, Saint-Martin d’Ablois orientés sud /sud-est, mais aussi en vis-à-vis autour du village-promontoire de Chavot et sa chapelle, sentinelle romane dominant cette vallée en forme de « V ». 1300 hectares tout de même, qui font cohabiter presque équitablement chardonnay (41%) et pinot meunier (47%), complétés çà et là de 12 %de pinot noir.

Expert en géologie et en dégustation, Geoffrey Orban s’intéresse de près à ce vignoble multi-facettes. « Le trait d’union, c’est la craie, notamment sur les bas de versant. Mais elle s’associe selon les villages à du sable (Mancy, Monthelon), à des formations calcaires (Vinay, St-Martin d’Ablois), ainsi qu’à de l’argile et des marnes (Pierry et Moussy), un vrai patchwork ! A ceci s’ajoutent des veines de pierre meulière qui, en s’érodant, donnent de fortes proportions de cailloux, silex en tête, sur certaines parcelles ».

Craie, silex : voici une cohabitation peu courante ! Comment se traduit-elle dans les vins ? « Le chardonnay s’exprime sur le fruit, la rondeur, très différemment de la côte des blancs en face, reprend l’expert. Le pinot noir, planté sur les terroirs solaires sud/sud-est, atteint de belles maturités. C’est aussi et surtout un grand terroir de pinot meunier. Il est à la fois gourmand et puissant sur le milieu de bouche. Quand en plus s’ajoute un cailloutis silex, alors des notes épicées-minérales prolongent la fin de bouche en longueur et puissance. Ce sont souvent des champagnes de gastronomie. »

Champagne Pinot-Chevauchet

Autre particularité du secteur : de nombreux vignerons indépendants, exploitations familiales qui vendent leur champagne en direct. Didier Chevauchet et son épouse Virginie au Champagne Pinot-Chevauchet en sont un bon exemple.

Étrange destin qui a conduit cet ex-spécialiste comptable et son épouse enseignante en école d’infirmières à reprendre il y a 22 ans les vignes paternelles ! « Même si j’exerçais dans un autre secteur d’activité, j’ai toujours été fasciné par ce rapport à la nature, se remémore Didier Chevauchet. Au départ, nous avons travaillé en dilettante, le week-end, en combinant notre activité professionnelle et la vigne. Mais il a fallu rapidement faire un choix et professionnaliser l’activité. Nous avons eu aussi l’opportunité d’acheter et louer des vignes – l’exploitation est passée de 1,5 à 4 ha en 20 ans – et nous avons toujours pris le parti de tout tirer en bouteille et vendre nous-mêmes. »

Grossir en foncier tout en finançant la constitution d’un stock, et développer les ventes en bouteille sans s’appuyer sur la trésorerie d’un peu de raisin au négoce… voici un exercice multi-tâches qui nécessite de bien tenir la ligne de crête ! « Ma vie antérieure dans les chiffres m’aide au quotidien pour bien garder le cap de l’exploitation, sourit Didier Chevauchet.

Dès le départ, ce néo-vigneron a orienté ses vignes vers l’enherbement et le travail mécanique du sol – recette gagnante pour ces meuniers sur sols argilo-calcaires – et s’est engagé vers la certification Viticulture Durable en Champagne. Les vinifications vont chercher la fraîcheur et le soyeux sur ces raisins à forte matière (malo partielle, patine de certains passages en foudre), auxquels de longs élevages (5 ans minimum) apportent un fondu final. « Cela donne naturellement des champagnes sur le fruité et la rondeur, avec pratiquement aucun dosage », reprend le vigneron. Presque tous les champagnes sont de facto extra-bruts.

La gamme se déroule de 23,90 € à 36,90 € selon une logique de montée en en puissance gastronomique. 6 champagnes aux noms imagés : Joyeuse, Rêveuse, Généreuse, Précieuse, Distinguée, complétés d’un millésimé. Un beau panorama pour les coteaux sud d’Epernay.

Retrouvez les champagnes Pinot-Chevauchet en dégustation au salon Champagne Tasting le samedi 13 mai 2017 à l’Espace Cambon, Quartier Madeleine, Paris 1er. Billetterie ci-dessous.