(photos Jean-Michel Brouard)
(photos Jean-Michel Brouard)

La dégustation récente des 10 crus du Beaujolais sur le millésime 2015 confirme leur exceptionnelle tenue. Et si c’était (enfin) l’heure d’une large reconnaissance pour cette grande région vinicole ?

Le Beaujolais a bien changé ! Il est loin le temps où Beaujolais rimait avec vin de copains aux arômes parfois curieux quand il était « nouveau » ou vin de brasserie, notamment à Lyon ou Paris, où il n’avait pas trop de goût car généralement servi bien frais… Le Beaujolais est une grande région vinicole, aucune hésitation sur le sujet. Mais voilà, les mentalités ont du mal à évoluer. Comme le rappelle Christophe Macra de la cave Apogé à la Défense, « si l’on propose du Beaujolais à un client en lui indiquant l’origine, la vente ne se fait généralement pas. Mais si l’on propose l’un des 10 crus qui composent la région en décrivant les vins, la curiosité et les excellents rapports qualité-prix conduisent le plus souvent à un acte d’achat ». Les consommateurs sont donc quelque peu schizophrènes sur le sujet. Le Beaujolais, c’est finalement comme la presse people. Tout le monde la lit mais personne ne l’achète… Curieuse situation tout de même. Car rarement une région vinicole ne se sera posé autant de questions sur son avenir. Un vent de fraîcheur souffle depuis quelques années sur les magnifiques monts du Beaujolais. De jeunes vignerons reviennent aux fondamentaux avec des vins purs et élégants, tels Romain Jambon à Brouilly, Loïc Bulliat à Morgon ou bien encore Paul-Henri Thillardon à Chénas. Tous portent haut les crus de la région, véritable locomotive pour toutes les appellations beaujolaises. Ces vins de grande personnalité, aux typicités bien distinctes, se nomment Saint-Amour, Moulin-à-vent, Juliénas ou bien encore Régnié. Ce sont des pépites réparties dans le nord de l’appellation, sur des terroirs très variés, bien marqués toutefois par le granit et le schiste. Le gamay, unique cépage rouge des lieux, fait ici des merveilles.

Fraîcheur et concentration

Nous vous parlions déjà il y a quelques semaines de l’excellence de certains Beaujolais nouveaux sur le millésime 2016. Eh bien le millésime 2015 devrait, pour sa part, finir de convaincre n’importe quel sceptique sur la capacité de la région à produire de très grands vins. Une constante parmi tous les vins des 10 crus : une maturité des raisins parfaite ayant permis d’atteindre des niveaux impressionnants de concentration et de profondeur portés par un fruité juteux, tout en ayant conservé de très belles acidités qui apportent fraîcheur et délicatesse. En un mot, les 2015 sont complexes, charmeurs et seront pour certains de très grande garde. Vous n’osez pas encore ? Bon, vous avez 10€ en poche ? Goûtez le Chiroubles cuvée Loïc du domaine Christophe Savoye dont la finesse des notes bien épicées mêlées à des fruits rouges précis vous envoûtera. Rajoutez 2€ et vous pourrez succomber au splendide Côte de Brouilly « Grandes mises » de chez Mommessin. Sa robe sombre est le prélude d’une matière de très grande classe, complexe, dont le fruit n’est pas sans rappeler celui de certains crus bourguignons voisins. Et que dire du Régnié « Marie Vernay » du domaine de la Ronze (7 €) si ce n’est que son équilibre est parfait et ses tanins veloutés, le tout doté d’une allonge remarquable. L’avenir du Beaujolais se joue ici. Ses crus ont tout des grands et s’inscrivent parfaitement dans ce que recherchent aujourd’hui les consommateurs. Des vins aux tanins fins, au fruité délicieux, complexe mais en même temps faciles à boire. Le tout pour des prix justes, loin de la spéculation folle d’autres régions. Le Beaujolais s’est mis en marche. Il ne vous reste plus qu’à sauter dans le wagon. Le rater serait presque un péché…