(Photos Jean-Michel Brouard)
(Photos Jean-Michel Brouard)

Le Beaujolais nouveau sera lancé comme chaque année le 3ème jeudi de novembre. La tendance est à des cuvées de plus en plus qualitatives pour des moments de dégustation (enfin) agréables.

Fraise tagada ? Banane ? Pas sûr que le jeu des pronostics ait encore lieu cette année quant aux arômes dominants du futur Beaujolais nouveau dont la sortie est prévue jeudi. Pourtant, l’on revient de loin car effectivement, pendant des années, le Beaujolais nouveau était devenu une caricature de vin, prétexte à des soirées conviviales mais absolument pas mémorables viniquement parlant. Après cette période d’excès qui a beaucoup nui à l’image de ce vin plaisir, des vignerons ont décidé de prendre leur bâton de pèlerin avec l’objectif de le faire redécouvrir aux consommateurs. Parmi ces nouveaux hérauts se trouvent notamment les vignerons du groupement « Terroirs Originels ». Un groupe « d’artisans-vignerons » comme ils se définissent, des terriens attachés à leur terroir et passionnés par le gamay qui n’est cultivé presque nulle part ailleurs dans le monde. Tous ont une vision convergente des vins qu’ils souhaitent proposer. En un temps très court (un mois sépare la vendange de la sortie des vins), il s’agit de parvenir à proposer un vin équilibré, tout en fraîcheur et conservant surtout le fruit éclatant que peut offrir le gamay dans sa prime jeunesse. Un challenge qui, pour le vigneron Robert Perroud, « doit être relevé par de bons vinificateurs car le cépage est délicat et ne supporte pas d’être mal traité à l’image du pinot noir en Bourgogne ». Après une macération carbonique en grappes entières de 4 à 5 jours, les vins sont donc généralement décantés à froid pour être clarifiés. Point de filtration qui viendrait les bousculer trop et rendrait leur consommation peu agréable les semaines suivantes.

Une attention particulière
Le Beaujolais nouveau est loin d’être un sous-vin, produit uniquement pour amuser la galerie. Des vignerons y mettent du cœur, à l’instar de Lucien Lardy qui produit un Beaujolais-villages nouveau avec des vieilles vignes plantées en 1951. Des vignes au rendement moindre mais donnant un résultat qualitatif plus intéressant qui aurait tout à fait pu être utilisées dans une cuvée classique. A la dégustation, le résultat est étonnant puisque les arômes de fruits rouges sont flatteurs et s’épanouissent avec des arômes de violette, le tout avec un toucher de bouche tout en densité. D’autres vignerons proposent des styles différents mais tout aussi plaisants. Une diversité de bon aloi qui fait mentir, une fois de plus, la simplification extrême qui prévalait autour d’un prétendu style dominant du Beaujolais nouveau chaque année. Prenez le Beaujolais villages nouveau d’Emmanuel Fellot qui, là encore, intègre une partie de très vieilles vignes du XIXème siècle (les autres ont entre 25 et 70 ans). La délicatesse fruitée du nez n’a rien à envier à la finesse en bouche. Un vin velouté qui se révèle d’une rondeur très gourmande. Un vin qu’Emmanuel conseille vivement de déguster sur un fromage de chèvre pas trop sec. On pourrait également citer le Beaujolais nouveau de Robert Perroud, envoûtant avec ses notes de framboise et de rose mêlées. Les exemples sont pléthores.

Le phénix Beaujolais Nouveau est bien en train de renaître de ses cendres. Le « Beaujo » risque bien d’avoir une autre saveur cette année, à condition de bien le choisir. Il vous reste 8 jours pour préparer l’événement et en faire plus qu’une fête entre copains, une fête des papilles !