Philippe Dambrine (photo : Michaël Boudot)
Philippe Dambrine (photo : Michaël Boudot)

Le Sud-Médoc est une bande d’une dizaine de kilomètres de large, bordée par la Garonne à l’est, par la forêt landaise à l’ouest et surtout par la métropole de Bordeaux au sud. Une urbanisation quelque peu envahissante, qui comble les interstices et cerne de plus en plus les vignobles, mais un développement qui offre aussi la possibilité d’un rapprochement… Surtout le Sud-Médoc, c’est un terroir typique de graves à l’intérieur duquel, on trouve des nuances qui différencient les vins et esquissent des profils qui seront peaufinés par chaque propriété. Une escapade à retrouver dans Terre de vins n°57.

Épisode 4/6 : Château Cantemerle, l’élégance même

La vigne pousse ici depuis la fin du XIIIe siècle. Le très beau château du XVIIIe a, lui, été construit sur les ruines de l’ancienne abbaye de La Sauve. Le parc de 30 hectares a été dessiné par L.-B. Fischer, celui-là même qui a tracé le Jardin public de Bordeaux en 1856 : cette propriété est d’abord un morceau d’histoire !
Le château Cantemerle, 5e cru classé Haut-Médoc, est depuis 1980 la propriété de la Société mutuelle d’assurance du bâtiment et des travaux publics. Ce fut le premier investisseur institutionnel à acheter un cru classé. D’autres ont suivi depuis, comprenant tout l’intérêt de posséder un cru prestigieux capable de conforter une image mais aussi de participer à la politique de placement sans risques importants. Philippe Dambrine, le directeur actuel du domaine, est néanmoins clair sur ce point : « La gestion des actifs est proche du fonctionnement de l’entreprise, avec bienveillance certes, mais une autonomie financière nous est demandée. » Avec ses 90 hectares en production (seulement 20 en 1980 au moment de l’achat), Cantemerle est capable désormais d’assurer cette autonomie.
Mais, derrière l’homme d’entreprise, il y a l’homme passionné, intarissable sur Cantemerle, son histoire et son parti pris précurseur avec ses cuves bois évitant les phénomènes de réduction. « Les cuves bois garantissent un vin intact au moment des assemblages. Sinon, la réduction peut brouiller le message donné au dégustateur. » Il analyse les effets du changement climatique : « Le cabernet sauvignon revient en force. Bien qu’il se vendange plus tard que le merlot, il y a moins de risques désormais car l’arrière-saison est plus chaude. » Et puis, dans les années 1990, sans tapage, Cantemerle a opéré des choix radicaux en matière de protection environnementale. En juillet dernier, la certification HVE 3 lui a été attribuée.
La signature Cantemerle – soit l’élégance, la fraîcheur et un très bon rapport qualité-prix – se retrouve dans Les Allées de Cantemerle 2015 (16,50 €). Issu de vignes de moins de 20 ans (60 % de cabernet, 40 % de merlot), ce vin offre une jolie persistance et un grain assez fin. Et aussi Cantemerle 2011 (28 €), floral, un peu de fumé, texturé, sur un millésime serré, puissant. On lui préparera un gigot d’agneau, mais on peut aussi le faire patienter en cave encore quelques années.

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