Le château Lynch-Bages, grand cru classé emblématique de Pauillac appartenant à la famille Cazes, s’apprête à entrer dans une importante phase de travaux. Le projet, qui doit être opérationnel dans trois ans, s’annonce audacieux.

Lynch-Bages s’apprête à écrire une nouvelle page de son histoire. Et non des moindres. Vendredi 30 septembre, la famille Cazes, propriétaire de cet emblématique cru classé de Pauillac, a confirmé la construction d’un nouveau chai. Si cette annonce était dans les tuyaux depuis plusieurs mois, on en sait désormais un peu plus sur ce vaste projet qui portera la signature d’un architecte internationalement connu. En l’occurrence Chien Chung Pei à qui l’on doit notamment le Centre Médical Mount Sinai à New York, le Musée d’Art Moderne du Luxembourg ou encore l’extension du siège social de l’Industrial and Commercial Bank of China, la plus grande banque du monde.

En France, son père, Leoh Ming Pei, est loin d’être anonyme. Ce dernier a en effet signé rien d’autre que la Pyramide du Louvre à Paris. C’est d’ailleurs à cette époque que Jean-Michel Cazes l’a rencontré : « J’ai fait sa connaissance lors du Ban des vendanges au château Lagrange en septembre 1986. Nous avions été présentés par Christian Moueix. »

Responsable du chantier de la Pyramide pour le compte de l’agence dirigée par son père, Chien Chung Pei invite quelque temps plus tard Jean-Michel Cazes à visiter les fouilles entreprises sous les bâtiments du Louvre. Depuis, le contact entre les deux familles ne sera plus rompu.

« Pas de cathédrale »

Si bien que 30 ans plus tard, à l’heure de moderniser en grand Lynch-Bages, c’est tout naturellement vers lui que se tourne Jean-Charles Cazes, qui a succédé à son père, en 2006, à la tête des vignobles familiaux. « Comme moi Chien Chung Pei est un fils de, j’y suis très sensible », sourit-il.
Reste que si les deux familles se connaissent bien, il aura fallu presque 7 ans de réflexion pour définir et, surtout, concevoir les nouvelles installations de Lynch-Bages. « Nous avons commencé à y réfléchir en 2009 », indique Jean-Charles Cazes. Et tout a été passé en revue : de la réception de vendanges aux conditions d’élevage des vins. « L’idée est de gagner en précision dans tous les secteurs », ajoute-t-il, sachant qu’un principe fort a été posé à l’architecte : « Nous ne voulions pas d’une cathédrale. »

Une immense verrière

A la lueur des premières esquisses présentées à la presse, si aucune pyramide ne viendra pointer le bout de son sommet au cœur du village de Bages, le geste architectural retenu n’en reste pas moins fort. Et il serait étonnant que le terme de « spectaculaire » ne soit pas employé le moment venu pour définir ce nouvel ensemble dont l’un des points forts sera incontestablement sa transparence. Comme on a déjà pu le voir à Beychevelle (Saint-Julien) ou à Pédesclaux (Pauillac), mais aussi à La Dominique (Saint-Emilion), ce vaste bâtiment sera baigné de lumière naturelle grâce à une toiture en forme d’immense verrière. « C’est un marqueur de l’époque », glisse Jean-Charles Cazes.

Côté technique, le nouveau cuvier abritera près de 80 cuves de différentes tailles contre 45 aujourd’hui. Le chai de vieillissement, lui, se situera juste en dessous, enterré à huit mètres de profondeur avec cette particularité : d’une superficie de 3700 mètres carrés, il permettra d’avoir côte à côte… deux vendanges.

Mais avant de bâtir un tel édifice, il faudra d’abord démolir l’existant. Pour ce projet, Chien Cheng Pei travaillera de concert avec l’architecte bordelais Arnaud Boulain, du cabinet BPM.
Ces travaux colossaux devraient débuter en février et durer près de 2, 5 ans. En attendant une livraison prévue en juin 2019, les millésimes 2017 et 2018 seront réalisés, à proximité, dans des installations temporaires spécialement construites à cet effet. Démolir, reconstruire, tout en continuant à vinifier, tel est le défi qui attend Lynch-Bages.