Dégustateur précis capable de transmettre des émotions, Pier-Alexis Soulière avoue un penchant pour les vins de la vallée du Rhône (photos JB)
Dégustateur précis capable de transmettre des émotions, Pier-Alexis Soulière avoue un penchant pour les vins de la vallée du Rhône (photos JB)

En 2015, le Canada était le grand absent de la finale de ce concours. Une déception effacée cette année avec la qualification de ses deux candidats opposés à un sommelier argentin. Et Pier-Alexis Soulière, en partie formé en France, s’est imposé.

En quatre éditions du concours du Meilleur sommelier des Amériques, le Canada avait déjà remporté trois titres. Jeudi soir, à Montréal, Pier-Alexis Soulière a offert une nouvelle victoire à son pays. Et comme son compatriote Carl Villeneuve Lepage a pris la troisième place finale, la drapeau à la feuille d’érable était à l’honneur.

S’il avait déjà remporté le concours international organisé par la Chaîne des rôtisseurs, ce succès prend un tout autre relief. D’autant plus qu’il ne s’est jamais facilité la tâche. En demi-finale, alors qu’il devait notamment servir un magnum de côtes de Provence Château de Miraval pour douze convives, il ne pouvait empêcher un verre de tomber de son plateau. Puis en finale, alors que le premier atelier était une épreuve de bar, il passait au shaker un Manhattan, cocktail qui ne doit pas l’être. Il parvenait cependant à corriger son erreur en réalisant un deuxième cocktail, dans les règles cette fois, dans le temps imparti. « Le fait de réagir aussi vite a sans doute constitué un déclic car le reste de son parcours, notamment la partie dégustation et identification de boissons, a été impressionnant. Mais ce sont les prestations des trois finalistes dans leur ensemble qui m’ont impressionné. Elles révèlent les vrais progrès réalisés par les sommeliers sur ce continent », soulignait David Biraud qui sera son adversaire dans dix mois, lors du prochain concours du Meilleur sommelier du monde. En effet, le représentant de la France et son suppléant Benjamin Roffet ont effectué le déplacement au Canada pour suivre les épreuves et constater, au passage, que d’autres sommeliers déjà sélectionnés en avaient fait de même.

Élève à Suze-la-Rousse et amoureux des côtes du Rhône

Cette victoire de Pier-Alexis Soulière est donc la conclusion d’un parcours à la fois mouvementé et dominateur. Un professionnel qui a notamment la particularité d’avoir séjourné en France pour suivre les cours de l’Université du vin, à Suze-la-Rousse, et qui, de ce fait, affiche une vraie passion pour les vins de la vallée du Rhône. « Ensuite j’ai travaillé en Australie, à Londres et en Californie avant de retrouver Montréal et le restaurant ‘La chronique’ où j’avais été embauché une première fois à l’issue de ma formation. Mais cette expérience en France a été une étape importante, j’ai vraiment profité de ce séjour pour parcourir le vignoble et rencontrer des vignerons dont certains sont devenus des amis. En restaurant, j’ai notamment effectué un stage au Château de Rochegude et découvert aussi d’autres façons de travailler. »

Mais s’il a gagné, ce fils de producteur de sirop d’érable, le doit à une grande volonté qui lui a finalement permis de limiter les effets négatifs d’un stress très perceptible et à des qualités de dégustateur. Au point d’identifier avec une grande précision les spiritueux (grappa, vodka, gin, tequila et pisco) et de défendre avec fougue un vin de Madère qu’il fut le seul des trois finalistes à reconnaître.

Cette victoire, au terme d’un concours qui réunissait vingt candidats représentant dix pays, le qualifie donc pour le prochain mondial où il retrouvera certains de ses adversaires à Montréal, et peut-être bien l’Argentin Martin Bruno qui a remporté la médaille d’argent.

Ci-dessous : Le vainqueur entouré et félicité par les sommeliers français David Biraud et Benjamin Roffet venus s’imprégner de l’atmosphère du concours des Amériques.