(Photos F. Hermine)
(Photos F. Hermine)

L’homme d’affaires américain Tom Bove s’est passionné depuis 25 ans pour les vins de Provence. D’ici 2020, il aura reconverti en bio la centaine d’hectares disséminés sur plusieurs domaines en Côtes-de-Provence, Coteaux-Varois et Coteaux-du-Verdon.

Pour Tom Bove, sensibilisé aux questions d’environnement par son métier de dépollution des eaux, le bio est « une véritable philosophie de vie et une évidence en Provence ». Il a été directement mis en œuvre à Mira Luna et Bomont de Cormeil, plus tard à la Mascaronne (premier millésime bio en 2018) à cause d’un terroir caillouteux et accidenté difficile à exploiter et à restructurer. « Nous réfléchissons à la biodynamie mais nous en suivons déjà quelques principes comme le labour avec le cheval à Bomont de Cormeil pour limiter le tassement des sols et les plantations en lune favorable, reconnaît Nathalie Longefay, l’œnologue-conseil du Cabinet d’Agronomie Provençale qui suit les domaines du gentleman anglo-saxon. Pour le petit domaine de Bomont, ce sera facile, plus délicat pour la grande propriété de la Mascaronne ».

« Pour un bon feeling »

Tom Bove n’avait pas prévu d’être vigneron. L’homme d’affaires américain gagne très bien sa vie dans la dépollution des eaux et cherche une maison de vacances en Provence pour rassembler sa grande famille. Quand on lui propose le domaine de Miraval à Correns en 1992, il achète contre l’avis de tous parce qu’il a « un bon feeling et que la maison est belle avec son pigeonnier ». Il ne pense pas y faire du vin même si dans sa jeunesse, il avait parfois vinifié du muscat et un peu de syrah avec son grand père italien immigré dans l’Indiana. « On faisait deux barriques par an, parfois trois, pour boire en famille ».

Tom Bove reconnaît volontiers avoir appris à aimer les bons vins sur le tard, en travaillant en Angleterre avec un patron grand amateur de bonnes bouteilles, puis en allant goûter les week-end dans la Napa Valley. Quand il se retrouve à la tête du vignoble de Miraval, il prend goût au « wine business » et rachète dans la foulée les domaines de Saint Jean de Villecroze, Lafoux et la Bergerie d’Aquino qu’il vendra plus tard séparément. « On s’est vite spécialisé dans les blancs à Lafoux et à Miraval qui avait les sols calcaires pour ça et au début, on faisait même deux cuvées botrytisées à Miraval [le dernier blanc botrytisé date du millésime 2005]. Quand j’ai vendu en 2007, on n’avait jamais fait aussi bon, notamment la cuvée Pink Floyd en rosé et la cuvée Lady Jane (du nom de sa première épouse qui adorait le domaine et décédée dans le crash du vol New-York-Genève en 1998) , un blanc fermenté et élevé en barriques. En 10 ans, on a formidablement développé ce domaine, dommage qu’il n’est pas gardé les noms célèbres pour les cuvées et qu’il soit passé à une stratégie volume ». À Aquino comme à Saint Jean de Villecroze, Tom Bove mise surtout sur les rouges « avec un profil très concentré à la Daumas Gassac qui plait bien aux Américains ».

Une centaine d’hectares bientôt en bio

Tom Bove remet en état une dizaine de domaines achetés pour la plupart à l’abandon et les revend quelques années plus tard, « car l’intérêt est de mettre son empreinte et de produire des vins toujours plus qualitatifs, explique l’homme d’affaires dynamique et charmeur. Mon objectif est la reconnaissance de ma production par des non provençaux qui viennent ici pour l’art de vivre et qui repartent en parlant des vins ».

Miraval a donc été cédé au célèbre couple Pitt-Jolie, (sauf le vignoble de Mira Luna gardé pour produire un joli rosé de gastronomie), Villecroze à la famille Caruzo, Aquino à Eric Bompard, le roi du cachemire, Lafoux à un autre homme d’affaires Yves Boidron. Entretemps, il rachète Bomont de Cormeil, sur moins de 10 hectares à Fox Amphoux où il produit des vins en IGP du Verdon et vins de cépages, notamment des viogniers, et la Mascaronne où il installe les bureaux de sa société et où il vit désormais à l’année avec parfois quelques sangliers qui viennent labourer les pelouses. Le septuagénaire y a fait réparer les restanques, broyer les cailloux dans les vignes, replanter les manquants et des nouveaux pieds de syrah et de cabernet sauvignon sur ce terroir á rouges. Il a agrandi le domaine avec une partie du domaine de La Bernarde qu’il s’est partagé avec la Commanderie de Peyrassol, soit un ensemble de plus d’une soixantaine d’hectares. Il a également acquis l’an dernier le domaine de Fontlade en Coteaux Varois, regroupé avec les vignes de Mira Luna pour devenir le domaine Bellini du nom du compositeur d’opéra et de l’artiste vénitien. Tom Bove, grand amateur d’art et d’opéra, avait déjà baptisé son chien Bellini. Le nouveau domaine est en conversion, le premier millésime bio est prévu en 2020.