(photo P. Gonnet)
(photo P. Gonnet)

Le cru Régnié organise cette semaine une série d’événements célébrant ses 30 ans. L’occasion pour les sommeliers, cavistes et restaurateurs notamment de redécouvrir les vins de ce cru ainsi que ses spécificités, accompagnés de plusieurs vignerons de l’appellation*.

Dernier-né de la famille des crus du Beaujolais, Régnié est devenu une appellation communale par un décret du 20 décembre 1988, faisant de lui le dixième de la fratrie des crus.

Situé au nord des appellations Brouilly et Côtes de Brouilly, et au sud de Morgon, le cru compte parmi les plus granitiques de la région, sol emblématique du Beaujolais, après Fleurie et Chiroubles. 70 producteurs, sur une aire d’appellation de 428 hectares, produisent des vins reconnus pour leur souplesse et leurs arômes de fruits rouges, aux notes épicées et minérales assez marquées.

Les terroirs de Régnié avaient déjà été reconnus par l’INAO comme des terroirs qualitatifs, et les vins produits sur les communes de Régnié et de Durette devinrent d’abord des vins relevant de l’AOC Beaujolais Villages. Puis les communes de Régnié et de Durette fusionnèrent en 1973, et en 1979, le maire de la nouvelle Régnié-Durette, Charles Péchallat, et le président du syndicat agricole, Jean-Paul Rampon, décident d’ouvrir un dossier de reconnaissance du cru, soutenu par Pierre Piron, vigneron à Morgon et siégeant au comité national de l’INAO. Le dossier aboutira en octobre 1988 et donnera naissance au dixième cru du Beaujolais.

Si les terroirs de Régnié sont principalement composés de granit, l’appellation n’est pour autant pas totalement uniforme. Le Beaujolais est une région particulièrement riche d’un point de vue géologique, dotée d’une diversité de sols assez remarquable, et couronnée d’ailleurs par l’obtention du label géopark en 2018.

Reconnaissance des Climats

Un immense travail de reconnaissance des sols a donc également été effectué sur le cru Régnié, ouvrant la voie à la reconnaissance de climats, identifiés pour l’heure au nombre de sept sur l’ensemble de l’aire d’appellation et en cours d’instruction à l’INAO. Patrick Péchard, président du cru, explique qu’ils « travaillent sur la démarche « Climats » depuis de nombreuses années, et pas seulement au niveau administratif : des femmes, des hommes et les jeunes exploitants mettent en valeur la diversité de nos terroirs en créant des cuvées plus spécifiques sur certains secteurs ».

La démarche globale de reconnaissance des climats n’est pas nouvelle ni propre au cru Régnié : la commune voisine de Lantignié a également déposé un dossier de reconnaissance des climats ; Moulin-à-Vent a, de fait, établi une distinction depuis longtemps entre ses différents climats en produisant des cuvées identitaires, révélatrices de leur terroir.

Même si le sol a un impact évident sur le profil du vin, la géologue Isabelle Letessier, du bureau d’études Sigales, rappelle que « c’est la connaissance de son terroir par le vigneron qui créera une harmonie entre le vin et le sol. Il ne serait pas pertinent de faire des généralités sur les vins produits sur tels types de sols, le déterminisme géologique n’est pas aussi évident, en revanche, une bonne compréhension du sol par le vigneron favorisera la production de beaux vins ».

Ainsi on note par exemple des différences entre les cuvées issues d’un même secteur (destiné à devenir un climat), présentant dans le même temps des caractéristiques communes raisonnablement imputables à la nature des sols : le secteur « Terres de Ronze » (orienté sud, plus précoce que les autres et limitrophe à Morgon) produit des vins dotés d’une matière un peu plus importante que sur le secteur « Py-Vallières », conférant des tanins plus légers et aériens aux vins qui en sont issus. Mais chaque vin, même issu d’un même terroir, raconte une histoire légèrement différente : si la trame est commune, la « patte » du vigneron lui donne une histoire toute particulière.

Le « Prince des crus » a d’ailleurs gagné le meilleur gamay du monde en 2017, avec le sacre de la cuvée « Canicule » du domaine Tano-Péchard.
Le gamay sur granit n’en finit pas de raconter ses merveilles et sa complexité, et Régnié en fournit de très beaux spécimens, à ne pas manquer !

* notamment Patrick Péchard, également président du cru ; Cédric Lecareux du domaine des Capréoles ; Guillaume Striffling du domaine éponyme ; Dominique Jambon, Thomas & Pierre Laforest, Claire Rivier, Jean-Louis Yemeniz, Evelyne & Jacky Gauthier ; Sérafin Bernardo du domaine de la Ronze ; Charlotte et Sébastien Congretel ; domaine de Thulon.