(photo F. Hermine)
(photo F. Hermine)

Une année à mildiou et à fortes disparités mais des volumes annoncés à la hausse avec un bel état sanitaire général grâce à des vendanges ensoleillées.

Jamais les vendanges n’avaient duré aussi longtemps : plus d’un mois en moyenne, les premiers passages ayant commencé autour du 20 août, les secteurs les plus tardifs terminant tout juste. Mais après un printemps très pluvieux et un été caniculaire, la récolte s’est effectuée dans des conditions idéales pour attendre les maturités. L’alternance d’après-midi ensoleillées et de nuits fraiches bercées par le mistral a favorisé un excellent état sanitaire du raisin et quasiment tous les raisins étaient rentrés avant les fortes précipitations de début octobre.

Côté volume, le global est annoncé à la hausse, entre la récolte de 2016 à 1,32 M hl et celle de 2017 à 1,165 M hl « mais avec une grandes disparités entre les secteurs, reconnait Brice Eymard, le directeur de l’interprofession des vins de Provence. Les caves des Bouches-du-Rhône et de la Sainte Victoire en Coteaux d’Aix ont bénéficié d’une récolte normale, les Coteaux Varois et les domaines du littoral étaient plus hétérogènes avec des volumes moyens. Quant au Centre Var et au Haut-Var, ils enregistrent des volumes plus faibles, surtout à cause des orages de grêle de fin juin et mi-aout ». Parmi les vignobles les plus endommagés, ceux de Besse-sur-Issole dont les parcelles ont été touchées de 20 et 100%, autour de Flassans et Carnoules qui a été impacté jusqu’à 70% dans les vignes, sur La Crau, Puget-Ville et Pierrefeu. Au total plus de 500 ha ont été victimes de ces intempéries.

Mildiou enrayé

Les attaques de mildiou, suite aux fortes pluies printanières, ont compliqué la tâche des vignerons. Les orages à répétition dans certains secteurs comme la vallée de l’arc, au sud-est d’Aix, n’ont pas aidé. « On a constaté des attaques de mildiou un peu partout en Provence mais la plupart des vignerons ont réussi à l’enrayer, même en bio : ça s’est joué au jour près et ça a nécessité des passages fréquents pour les traitements », reconnait Pierre Guérin, œnologue-conseil du Cabinet d’Agronomie Provençale qui a commencé à suivre les vendanges à la Courtade à Porquerolles dès le 20 aout pour les terminer à Lafoux et Peyrassol en Coteaux Varois fin septembre. « J’ai eu la chance cette année de travailler avec de nouveaux chefs de culture à Peyrassol et au Chateau de Sannes et comme ils étaient inquiets, ils étaient encore plus vigilants. 2018 est moins une année à grenache, très sensible au mildiou, surtout ceux précoces du littoral varois mais les syrahs sont prometteuses sans être forcément très concentrées ; les cinsaults annoncent de beaux rendements mais avec une acidité assez basse et les blancs en rolle sont très jolis. Mais c’est surtout une année à multifacettes ».

Un équilibre à préserver

Il était temps de rentrer du vin en cave au vu des stocks en baisse suite à la faible récolte 2017. « C’est une belle récolte d’autant plus rassurante que nous étions encore inquiets à la mi-aout, reconnait Philippe Brel, directeur d’Estandon Vignerons. On revient enfin à une récolte normale mais il va falloir tenir 14 mois et nous sommes en rupture de vrac, ça n’était jamais arrivé ! Au vu des stocks très bas, il va être difficile de maintenir un fort développement à l’export et d’ouvrir des lignes en grande distribution ». Estandon a même dû arrêter depuis l’an dernier une référence de BIB rosé. Les prix des cours risquent par ailleurs de remonter. Une bonne nouvelle pour les vignerons « mais les fortes tensions sur les volumes et les paliers violents en termes de prix ne sont jamais une bonne chose car une montée en gamme mal maîtrisée peut faire perdre des références moins valorisées mais à forts volumes au profit d’autres régions. Il faut donc rester prudent et lucide ! »