(Une scène du documentaire de Pascal Obadia)
(Une scène du documentaire de Pascal Obadia)

Le réalisateur Pascal Obadia signe un nouveau documentaire (en salles le 5 octobre), véritable plaidoyer pour les vins bios et naturels. Une sortie qui devrait animer le débat et susciter quelques controverses.

L’exercice du documentaire est un art difficile. Quand il se fait polémique, c’est une planche dangereusement glissante. Tous les amateurs de vin gardent en mémoire le célèbre « Mondovino » de Jonathan Nossiter et les interminables questionnements que cette œuvre avait provoqués en 2004. En cette fin d’année, c’est un réalisateur français, Pascal Obadia, qui s’y essaye. Nous voilà donc embarqués pendant 1h15 dans un voyage pan-européen, entre Suisse, Italie, France et Espagne. Les différentes rencontres avec des vignerons et des scientifiques sont le ciment d’un propos finalement assez simple : face aux conséquences désastreuses d’une chimie toute-puissante depuis des dizaines d’années, la seule voie possible serait celle de vins biologiques, voire biodynamiques ou naturels. Une vision somme toute quelque peu manichéenne du monde du vin. Le réalisateur s’emploie d’ailleurs, portrait après portrait, à renforcer cette dualité. D’un côté, un monde joyeux, humain, respectueux, éclairé, curieusement peu et mal mécanisé où les sourires sont accrochés à toutes les lèvres, où l’on danse pendant les vendanges. Ce monde-là, au demeurant très sympathique, est omniprésent. De l’autre, c’est le royaume du pessimisme ou pire du cynisme. De très rares passages évoquent le monde de la viticulture conventionnelle si décrié (le discours du viticulteur qui explique qu’il « utilise des produits qui sont autorisés en France » est particulièrement caricatural). Le tout entremêlé d’un vieux spot de pub vantant les bienfaits du Roundup, ce glyphosate tant honni qui fait ici office de bouc-émissaire logique. A la décharge du réalisateur, de nombreuses portes lui ont été fermées dans le monde de la viticulture conventionnelle au cours des cinq années qu’a duré le tournage.

La sensation de rester sur sa faim

Les images sont une succession de saynètes, cueillies sur le vif, caméra à l’épaule. Les interventions ont le mérite de rappeler certaines réalités encore parfois ignorées, comme les conséquences dramatiques des traitements chimiques dans les vignes prodigués pendant des années par des hommes et des femmes peu voire pas protégés. De même, la disparition de la vie dans les sols viticoles désherbés et non suffisamment travaillés. Tout cela est plutôt louable. Le réalisateur affirme vouloir « faire faire un voyage bucolique aux spectateurs, lui faire découvrir de nouvelles pratiques culturales qui remettent l’humain au cœur du système ». Le voyage est agréable mais faute de contrepoids suffisant au propos, l’ensemble paraît in fine un brin naïf. Une réalité assumée par le réalisateur qui souhaite faire parler du bio, des vins naturels. Le tout « sans prendre le spectateur par la main ».

Les non-initiés, cœur de cible du documentaire, seront donc parfois déconcertés par des situations sibyllines (le remplissage des cornes de vaches avec de la bouse). Plus généralement, le réalisateur ne leur donne pas suffisamment de matière contradictoire pour pouvoir prendre réellement position sur le sujet. Quid de la multiplicité des traitements avec des produits de surface et de l’accumulation de cuivre dans les sols en agriculture biologique par exemple ? Biodynamie, vins naturels sont, à n’en pas douter, une vérité du monde du vin. Est-ce LA vérité ? On ne saurait évidemment trancher cette question, pas plus après le visionnage de cette œuvre.

Sortie le 5 octobre 2016.