(Photo F. Hermine)
(Photo F. Hermine)

Le vigneron œuvre pour la reconnaissance et la replantation en IGP Isère – Balmes Dauphinoises de vieux cépages autochtones, la verdesse, le persan, le mècle…

Le dauphinois Nicolas Gonin avait un rêve : cultiver à nouveau de vieux cépages dauphinois en IGP Isère, entre Lyon et Chambéry. Il a récupéré quelques rangs de vignes familiales et entreprend de glaner au milieu des années 2000 des bouts de terre autour de son village de Saint-Chef (38) près de Bourgoin-Jaillieu, 3,08 hectares qui appartenaient à une vingtaine de propriétaires pour enfin obtenir des droits de plantation. Car dans les environs, il n’y a aucun domaine viticole à reprendre. « Depuis des décennies, on ne plantait que du pinot, du gamay et du chardonnay, des cépages surtout améliorateurs de rendements; je voulais revenir à des cépages tardifs comme la mondeuse et le persan qui avaient quasiment disparu ». Il replante ensuite de l’altesse et de la jacquère typiques de Savoie, du viognier, et entreprend de surgreffer de la verdesse sur du chardonnay. Un parcours du combattant d’abord administratif pour ce cépage qui avait disparu du classement. Nicolas Gonin décide d’en apporter en 2009 quelques feuilles à l’éminent ampélographe Jean-Marie Boursiquot pour qu’il confirme l’identitification du cépage dont quelques pieds ont été récupérés dans la vigne familiale. Il va batailler ensuite pour obtenir sa réinscription. « Avant le phylloxera, il y en avait plusieurs centaines d’hectares en Isère et nulle part ailleurs. Il en restait une vingtaine dans les années 50 avant qu’il soit abandonné… Et on a repassé la barre des 10 hectares en 2016 ».

Le tabac a failli tuer la vigne

Arrive ensuite sur le domaine le mècle qui n’avait été produit au XXème siècle que sur 4 ou 5 communes de l’Isère et dont il est toujours l’unique producteur. « Le département avait beaucoup misé sur les hybrides au XXème siècle et par là même détruit la réputation de ses vins à partir des années 50, quand on se souciait plus de planter du tabac ». Au début des années 70, l’appellation du vin de pays des Balmes Dauphinoises voulait déjà se baser sur des cépages patrimoniaux, confortant le fait que le département dispose d’une vraie richesse ampélographique. Se développent ainsi quelques plantations de viognier, cépage alpin souvent complanté, d’altesse, de mondeuse et du bia blanc, un cousin du viognier qui n’est pas dans le cahier des charges de l’IGP mais replantable en Vin de France. Aujourd’hui, Nicolas s’intéresse au servanin et au salagnin, deux cépages rouges proches de la mondeuse et abandonnés après guerre car trop tardifs, trop productifs et trop irréguliers. « J’ai fait rentrer beaucoup de cépages dans l’IGP à la réécriture des décrets en 2009 et ces ajouts devraient simplifier le travail des jeunes qui s’installent, une dizaine depuis 2010 ». Nicolas Gonin exploite désormais 5 hectares à 7000 pieds/ha dont 4 en production, en bio certifié depuis 2012. Il élabore environ 25 000 bouteilles par an à partir de 7 cépages. Des vins à 60% blancs, 30% rouges et environ 10% rosés avec également un brut zéro à partir d’altesse.

IGP Isère – Balmes Dauphinoises Verdesse blanc (15€) :
belle couleur jaune citron, floral (tilleul, verveine), une pointe fumée, gras et fin sur des arômes de citron et de fruits exotiques (ananas).

IGP Isère – Balmes Dauphinoises Persan rouge (14€) : des fruits noirs, des épices, une pointe de cuir sur des arômes de framboise, de thym, de romarin sur des tanins fins. Un vin de garde qui peut évoluer vers des notes réglissées et chocolatées.

IGP Isère – Balmes Dauphinoises Altesse (13€) : une sélection de vignes en coteaux à 25% de pente. Floral (tilleul, chèvrefeuille), rond et profond, très élégante sur une note de pêche et d’amande fraîche.

A goûter sur le stand Wine Mosaïc Hall 7.1 M 122