Étonnant timing ! A quelques mois d’intervalle à peine, Gosset met en marché deux cuvées construites aux antipodes. Elles témoignent, l’une comme l’autre, d’une belle maîtrise d’ouvrage.

« Le roman est un miroir que l’on promène le long du chemin », disait Stendhal qui a ainsi dépeint la société du XIXe siècle avec un réalisme célèbre. A leur manière les vins aussi savent être le miroir du sol, du climat, des soins de vinification et d’élevage dans lesquels ils sont produits. En un mot, ils savent décrire leur terroir.

Les deux cuvées lancées par Gosset au cours du second semestre 2017 sont de ceux-là. Ce n’est pas « Le Rouge et le Noir », mais le blanc et le noir : un miroir éclatant de ce qu’un chardonnay et un pinot peuvent exprimer en Champagne. Un témoignage pédagogique et dernière vision d’artiste laissée par le chef de caves Jean-Pierre Mareigner.

« Nous avons été 420 ans avant de faire un blanc de blancs, réfléchit Odilon de Varine, directeur général. Et puis ce cépage a pris peu à peu une part croissante dans nos assemblages ». En 2011 est lancée chez Gosset le Grand Blanc de blancs, une cuvée 100% chardonnay. Une petite révolution. Elle prend cette année un nouveau tournant. D’abord par son flacon transparent, réinterprétation en verre blanc du flacon XVIIIe qui signe désormais les champagnes Gosset. Ensuite par le style, car ce nouveau grand blanc acquiert une tonalité encore plus tendue et minérale que le précédent, en évoquant la craie (si caractéristique du sol champenois) et la tonicité éclatante de zestes d’agrumes. Pas moins d’une quinzaine de villages entrent dans la composition de ce 100 % chardonnay. Les classiques de la côte des blancs, mais aussi des zones historiques d’approvisionnement de Gosset (Ambonnay, Villers-Marmery, Tours-sur-Marne, Trépail) qui confèrent à ce blanc de blancs une jolie originalité. A déguster sur des plats très purs, iodés-salins, comme une rémoulade de tourteau (54 €).

Après la blonde, la brune. « Cette cuvée est un hommage à la finesse et l’élégance des pinots noirs utilisés dans les assemblages Gosset », reprend Odilon de Varine. Cette cuvée en édition limitée, commercialisée sur la fin de l’année 2017, a tout de même sommeillé pendant 9 ans dans les caves pour atteindre le point optimal de maturité ! La partition joue là davantage sur une expression de vinification et d’élevage. Là aussi, pas moins de 5 premiers et grands crus sollicités (Ambonnay, Aÿ, Verzy, Chigny-les-roses, Tauxières). Mais c’est plus une vinosité dans la finesse, et surtout une immense complexité aromatique, qui caractérisent ce vin. Voici une très grande partition de pinot noir champenois, qui ne s’effrayera pas d’un poulet de Bresse laqué à la chinoise (75 € TTC).

Sur ces deux nouvelles cuvées, Gosset affirme une belle maîtrise d’œuvre sur des bulles de style complètement différent. Deux très belles bouteilles à inviter sur les tablées de fêtes.